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Reporters Sans Frontières

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Cameroun

Publié le 1er février 2007

La liberté de la presse, dans le pays présidé par Paul Biya depuis 1982, a commencé à devenir une réalité, même si cet acquis est fragile. Les tabous sont encore nombreux et ceux qui les transgressent en subissent les conséquences. Mais l’année 2006 a surtout été une année difficile pour la presse camerounaise en raison des dérives de certains directeurs de publication peu scrupuleux.

Certes, le Cameroun n’est plus le pays frileux et brutal qu’il était jusqu’au début des années 2000, où les journalistes étaient emprisonnés à la moindre incartade. Mais il est encore risqué d’être un professionnel des médias dans un Etat où l’armée, les velléités sécessionnistes de la région anglophone et la corruption sont toujours des sujets sensibles. De plus, comme dans d’autres pays du continent, la pauvreté a fait prospérer une presse facilement corrompue, instrumentalisée par des clans affairistes ou politiques pour disqualifier leurs adversaires. Dans ces conditions, la liberté de la presse est une réalité précaire au Cameroun.

L’année 2006 aura été celle de toutes les remises en cause pour la presse camerounaise. Dès la fin du mois de janvier, l’affaire des “homosexuels de la République” l’a sérieusement ébranlée, provoquant la division et l’écoeurement au sein de la profession. Sous prétexte de faire œuvre de “salubrité publique” dans un pays où l’homosexualité est un crime, des journaux au tirage limité ont choisi de faire leurs gros titres sur une prétendue liste de personnalités “déviantes” s’étant hissées à des postes à responsabilité grâce à de prétendues “faveurs”. Fondées sur des “sources bien informées” (mais anonymes) et des “témoignages concordants” (mais extravagants), les prétendues informations diffusées par ces journaux étaient surtout une accumulation de ragots et de calomnies de très mauvais goût. Si l’objectif de ces directeurs de publication était de renflouer les caisses de leurs entreprises, la réussite était totale. Mais il va sans dire que plusieurs personnes mises en cause ont porté plainte contre La Météo, l’Anecdote et Nouvelle Afrique.

La loi camerounaise prévoyant des peines de prison ferme pour de tels manquements à l’éthique et à la déontologie, il était donc prévisible que ces journalistes peu scrupuleux fassent un séjour en prison. La position de Reporters sans frontières, formulée dans une tribune parue dans le quotidien privé Le Messager et l’hebdomadaire privé Le Jeune Observateur, a donc été claire : tout en condamnant sans hésitation ce type de journalisme au parfum de haine, comme une grande partie des Camerounais, l’organisation a surtout mis en avant le fait que la prison n’était pas une réponse à ces dérives. Au contraire, les mercenaires du journalisme, une fois condamnés, purgent leur peine et ressortent auréolés de la gloire des martyrs de la liberté. Reporters sans frontières a donc recommandé au gouvernement camerounais de réformer non seulement sa loi sur la presse, mais également les mécanismes de régulation des médias. Dans la foulée, le ministre de la Communication, Pierre Moukoko Mbonjo, a tenté de proposer une réforme. Maladroite et peu satisfaisante (elle offrait notamment au ministre des pouvoirs de police administrative lui permettant d’ordonner la saisie les journaux), celle-ci a été rejetée par le Parlement et le ministre a fini par quitter son poste à l’automne, sans avoir pu mener à bien cette réforme indispensable.

La presse toujours menacée

En septembre et en novembre, deux épisodes sont venus rappeler que le droit d’informer n’est toujours pas totalement garanti aux journalistes camerounais. Duke Atangana Etotogo, directeur de publication de l’hebdomadaire privé L’Afrique centrale, a été détenu du 3 au 7 septembre par la Sécurité militaire à Yaoundé. Il n’a dû sa libération qu’à la rédaction d’une lettre d’excuses adressée au ministre de la Défense et au chef de l’Etat. Ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire La Nouvelle presse et de La Météo, deux journaux connus pour leur caractère souvent provocateur, le journaliste venait de lancer un nouveau mensuel. Dans sa première édition, le 28 août, il avait publié un dossier dénonçant des dysfonctionnements et la corruption au sein de l’armée. Plusieurs épisodes de la gestion du ministre de la Défense, Rémy Ze Meka, y étaient décortiqués sur la base de sources anonymes.

Dans la nuit du 6 au 7 novembre, trois hommes cagoulés se sont introduits au domicile d’Agnès Taile, présentatrice d’une émission de libre-antenne sur la radio privée Sweet FM, à Douala. Ils l’ont traînée à l’extérieur, puis sérieusement brutalisée. Depuis juin 2005, Agnès Taile était la modératrice de l’émission “A vous la parole”, dans laquelle les auditeurs s’expriment par téléphone sur des sujets d’actualité. Trois semaines avant son agression, elle avait reçu plusieurs appels téléphoniques anonymes lui enjoignant de cesser sa “traque”. Elle avait alors affirmé publiquement qu’elle n’était pas impressionnée par ces tentatives d’intimidation. Comme souvent dans ce genre de cas, l’enquête de police, ouverte dans la foulée, n’a donné aucun résultat.

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