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Inde rapport annuel 2002

Publié le 19 avril 2002

La démission, en mars 2001, du ministre de la Défense et du président du parti au pouvoir, suite à une enquête explosive du journal en ligne tehelka.com, a montré combien la presse indienne joue pleinement son rôle de contre-pouvoir. Forte de quarante mille publications, d’une petite centaine de chaînes de télévision privées sur le câble, de centaines de radios FM, l’Inde est un géant de la presse et un marché prometteur. Mais, certains problèmes demeurent. Ainsi, au Cachemire ou dans les Etats du Nord-Est, où sévissent des guérillas séparatistes ou marxistes, les journalistes sont pris entre le marteau et l’enclume. Les rebelles les menacent de représailles s’ils ne publient pas leurs communiqués de presse. Les forces de sécurité et les autorités locales les accusent de soutenir les rebelles et n’hésitent pas à les arrêter ou à perquisitionner les rédactions. Ainsi, Pradip Phanjoubam, éditeur dans l’Etat de Manipur (Nord-Est), affirme que "dans une situation insurrectionnelle comme la nôtre, la presse est toujours l’institution qui doit marcher sur la corde la plus raide".

Les relations entre les gouvernements locaux et les médias peuvent également être conflictuelles. Ainsi, le retour au pouvoir de la très populiste Jayaram Jayalalitha dans l’Etat du Tamil Nadu (sud du pays) provoque de fortes tensions. Un journaliste a été arrêté, plus de cent cinquante interpellés, et les autorités locales ont accusé la presse d’une couverture "biaisée".

La force de la presse indienne est la capacité de mobilisation des journalistes. Ainsi, en décembre, le gouvernement retire un article d’une nouvelle loi antiterroriste. Il obligeait notamment les journalistes à fournir aux autorités, sous peine d’emprisonnement, toute information sur des "activités terroristes". Dans l’Etat du Tamil Nadu, des manifestations de journalistes ont permis la libération d’un reporter emprisonné par les autorités locales. Enfin, en janvier 2001, la presse de l’Etat de Manipur a crée un comité de protection. Ce dernier a décrèté un boycott des activités des autorités locales tant que les policiers auteurs d’agressions contre des reporters ne seront pas jugés.

Le boom de la télévision, et surtout des opérateurs par câble, s’est poursuivi en 2001. Avec soixante-dix millions de foyers équipés de télévision et près de trente millions de connexions à un opérateur du câble, l’Inde est un marché prometteur. Les Indiens ont ainsi accès à plus de quatre-vingt-cinq chaînes de télévision proposées par plus de quarante mille opérateurs de câble.

Un journaliste tué

Un journaliste a été assassiné en 2001. Mais, au 1er janvier 2002, il est impossible de dire si le mobile de ce meurtre est lié aux activités journalistiques de la victime.

Le 30 juillet 2001, Mool Chand Yadav, journaliste du quotidien Punjab Kesari, est abattu par deux inconnus dans une rue de Jhansi (Etat de l’Uttar Pradesh, nord du pays). Selon ses collègues, le meurtre de Mool Chand Yadav, âgé de cinquante-trois ans, est lié à ses enquêtes sur le crime organisé. Le reporter était également responsable d’une association locale de journalistes.

Deux journalistes incarcérés

Le 20 août 2001, un officier de police arrête Rajesh Bhattarai, directeur du quotidien en népalais Aajo Bholi, dans les locaux du journal à Gangtok (Etat du Sikkim, nord-est du pays). Le journaliste est placé en détention en vertu de l’article 153 (a) du Code pénal qui prévoit que toute personne ayant "provoqué des tensions entre les communautés par ses écrits ou ses discours" peut être condamnée à une peine allant jusqu’à trois ans de prison. Depuis plus d’un an, le quotidien est en conflit avec les autorités locales pour la publication d’un article qui affirmait que le Premier ministre de l’Etat du Sikkim avait "insulté" un mouvement représentant la minorité népalaise. Une semaine plus tard, Rajesh Bhattarai est libéré sous caution pour des raisons médicales. Mais le directeur d’Aajo Bholi reste poursuivi par la justice.

Le 20 novembre, Sivasubramanian, journaliste pour le magazine en tamoul Nakkeeran, est kidnappé par des inconnus, à Salem, ville de l’Etat du Tamil Nadu (sud du pays). Après que le rédacteur en chef de Nakkeeran, R. Gopal, eut déposé une demande d’habeas corpus pour obtenir la libération de son reporter, la police de l’Etat du Karnataka annonce que le journaliste est arrêté pour ses "voyages suspects" en possession de "gadgets électroniques" dans cet Etat du sud-ouest de l’Inde. Il est détenu dans un premier temps en vertu des articles 212 et 34 du Code pénal indien, deux charges permettant une libération sur caution. Suite à de nouvelles interventions du directeur de Nakkeeran, Sivasubramanian est inculpé en vertu de la loi sur les armes (Arms Act) et il ne peut plus être libéré sous caution. Le journaliste est détenu par la Special Task Force de l’Etat du Karnataka et personne n’est autorisé à lui rendre visite depuis son arrestation. Sivasubramanian est désormais accusé de "soutien" au bandit Veerappan et de "possession illégale d’armes et d’explosifs". La Special Task Force (forces spéciales de sécurité) aurait en effet saisi, le 22 novembre, des armes, des munitions, des explosifs ainsi que du matériel électronique, suite à des aveux du journaliste. Selon R. Gopal, Sivasubramanian aurait été torturé pour livrer ces informations, à partir desquelles la police a fondé les nouveaux chefs d’inculpation. Sivasubramanian est connu pour avoir été le premier journaliste à interviewer le célèbre bandit indien Veerappan qui échappe à la police depuis quinze ans.

Il a également joué un rôle majeur dans les négociations pour la libération d’otages, notamment l’acteur Rajkumar, détenus par le bandit. Mais selon R. Gopal, son arrestation est liée à une série d’articles consacrée aux exactions, notamment contre des femmes, commises par la Special Task Force durant la traque de Veerappan.

Cent soixante journalistes interpellés

Le 24 juin 2001, Karin Steinberger, journaliste allemande du quotidien Suddeutsche Zeitung publié à Munich, et Steve Mc Curry, photographe américain, sont arrêtés par la police à Digboi, à l’extrême est de l’Etat d’Assam (nord-est de l’Inde). Les deux reporters sont en reportage pour la version allemande du magazine Geo. Les autorités les accusent d’avoir rencontré des dirigeants séparatistes du Front uni de libération de l’Assam (ULFA, interdit) dans des camps au Bhoutan. Ils sont libérés deux jours plus tard après avoir été interrogés. La police leur ordonne de quitter l’Etat d’Assam.

Le 27 juin, Suresh, reporter de la télévision privée Sun TV, est arrêté par la police de l’Etat du Tamil Nadu (sud du pays) alors qu’il couvre une manifestation de l’ancien Premier ministre de cet Etat. Le politicien s’est introduit, en compagnie d’un groupe de partisans et d’une dizaine de reporters, dans un entrepôt public de grains pour contrôler, sans autorisation, leur qualité. Le journaliste est accusé "d’entrée illégale sur une propriété publique". Selon ses collègues, s’il est le seul à avoir été arrêté, c’est parce que le gouvernement de l’Etat est en conflit avec la chaîne Sun TV, propriété d’un proche de l’opposition. Le lendemain, une cinquantaine de journalistes affrontent la police qui les empêche de gagner le siège du gouvernement à Chennai (anciennement Madras) pour remettre une pétition en faveur de la libération du reporter de Sun TV. Le 29 juin, près de deux cents journalistes défilent dans les rues de Chennai, un bâillon sur la bouche pour protester contre l’arrestation de leur collègue. Alors qu’ils s’approchent d’un bâtiment officiel, la police les encercle et les oblige à monter dans des fourgons. Cent cinquante-sept journalistes sont interpellés pendant plus de six heures. La police les accuse d’avoir "troublé l’ordre public". Le même jour, la police libère Suresh sous caution.

Quarante et un journalistes agressés

Le 10 janvier 2001, des policiers frappent les correspondants des magazines Imphal Free Press et Poknapham à Jiribam (Etat de Manipur). Ils leur reprochent des articles sur les problèmes de sécurité dans cette région reculée du nord-est du pays.

Le 19 janvier, Surinder Oberoi, journaliste de l’Agence France-Presse et correspondant de Reporters sans frontières dans la province indienne du Jammu-et-Cachemire (nord-ouest du pays), est battu et menacé de mort par un officier de police dans une rue de Srinagar. Le journaliste s’était rendu dans une rue voisine des bureaux de l’AFP suite à l’explosion d’une bombe, afin d’aider les blessés et de couvrir l’événement. Quelques minutes après l’explosion, des policiers arrivent sur les lieux et demandent aux personnes présentes d’évacuer le secteur de peur qu’une seconde bombe n’explose. G. M. Dar, officier des forces spéciales (Task Force), présent sur les lieux, ordonne aux professionnels de la presse de partir. Il s’en prend à Surinder Oberoi : après l’avoir insulté, il le menace de sa mitraillette AK47 et le frappe à plusieurs reprises. Suite à l’intervention d’autres journalistes, le policier cesse de frapper le reporter. Quelques minutes plus tard, le journaliste s’approche d’un autre officier pour se plaindre du mauvais traitement qu’il vient de subir. Cette démarche provoque la colère de G. M. Dar qui, accompagné de plusieurs soldats, frappe de nouveau le journaliste à coups de crosse. Selon le journaliste, le policier lui lance : " C’est le dernier jour normal de ta vie." Surinder Oberoi a porté plainte auprès du chef de la police qui a promis une enquête rapide et des sanctions contre les personnes coupables. Un an après les faits, aucune sanction n’a été prise contre l’officier G. M. Dar.

Le 25 avril, le journaliste Vaibhav Purandare, correspondant du quotidien Asian Age, est violemment expulsé de sa voiture et frappé par une quarantaine de membres du parti Shiv Sena (Armée du Dieu Shiva) sur le pont d’Elphinstone dans le centre de Bombay (ouest du pays), alors qu’il mène une enquête sur une cérémonie religieuse. Il présente aux Shiv sainiks sa carte d’identité, mais ceux-ci lui répondent que seuls les reporters du Saama, journal du Shiv Sena, sont autorisés à couvrir l’événement. Vaibhav Purandare est transporté à l’hôpital de la ville de Parel le visage et le corps tuméfiés.

Le 10 mai, dix-sept journalistes, cameramen et photographes, sont frappés et menacés de mort par des éléments du 194e bataillon des Forces de sécurité frontalière (BSF - Border Security Force) alors qu’ils se trouvent à Magam (trente kilomètres au nord de Srinagar, la capitale d’été du Cachemire). Il s’agit notamment de Kumaramanglam et Sanam Anjum, cameramen de la chaîne de télévision Enadu TV, Syed Muzaffar, photographe du quotidien Srinagar Times, Sheikh Mushtaq, journaliste de l’agence de presse Reuters, Faya Kabuli, photographe de Reuters, Fayaz Ahmed, photographe du Daily Aftab, Nassir Ahmed, cameraman de la chaîne de télévision Zee TV, Bilal Bhat, photographe de Asian News International, Ajaz Rahi, photographe de l’agence de presse Associated Press, Mehraj-u-din, cameraman d’Associated Press Television, Shujat Bhukhar, journaliste du quotidien The Hindu, Tauseef Mustafa, photographe de l’Agence France-Presse, S. Irfan, correspondant de l’agence PTI, et Missar Ahmed, photographe du quotidien The Hindu. Le groupe de professionnels de l’information, venu de Srinagar, est pris à partie par des membres des BSF dirigés par l’officier M. Malik. Celui-ci ordonne à ses hommes de "chasser les journalistes" en les frappant à coups de mitraillettes. Un cameraman de Enadu TV doit être hospitalisé pour une blessure à la tête. Au moins six appareils photo et des caméras sont endommagés. Les forces de sécurité reprochent aux journalistes "d’aggraver les tensions" dans la ville. La veille au soir, une bombe a explosé tuant huit personnes. Une fusillade entre un groupe de séparatistes cachemiris et des membres des forces de sécurité a éclaté provoquant notamment la mort d’un officier des BSF. Ses collègues ont ensuite patrouillé dans les rues de la ville en détruisant des boutiques. Deux jours plus tard, le directeur des BSF annonce qu’une enquête est ouverte sur cet incident. Au 1er janvier 2001, aucune sanction n’a été prise contre les auteurs de ces violences.

Le 15 juillet, des manifestants hindous s’attaquent à des journalistes qui couvrent le sommet indo-pakistanais d’Agra (près du Taj Mahal, nord du pays). Rana Jawad, reporter du journal Uttura Choudhury, est blessé dans l’attaque de son véhicule de presse. Une équipe de correspondants de l’Agence France-Presse est également molestée par des jeunes hindous qui crient "Mort au Pakistan, mort à Musharraf".

Le 11 août, des éléments des BSF frappent violemment quatre employés, dont l’éditeur, de l’hebdomadaire en ourdou Chattan, publié à Srinagar. Quelques minutes après qu’une grenade a été lancée vers un poste des BSF, dans le centre de Srinagar, des soldats pénètrent dans les locaux de Chattan, à la recherche de l’auteur de cette attaque. Les hommes des BSF frappent à coups de crosse de fusil trois employés de l’hebdomadaire dont l’un est interpellé, accusé d’être l’auteur de l’attentat. Tahir Mohiudin, éditeur de cet hebdomadaire très critique à l’égard de la présence indienne au Cachemire, est également molesté et insulté par des soldats. L’employé arrêté est libéré le lendemain, les deux autres sont hospitalisés pendant près d’une semaine suite à leurs blessures. Des officiers des BSF présentent leurs excuses aux responsables de Chattan, mais aucune sanction n’est prise contre les militaires impliqués. "Les perquisitions dans les locaux du journal sont fréquentes quand il y a des vagues d’arrestations, mais c’est la première fois que nous subissons une attaque aussi violente", déclare Tahir Mohiudin à Reporters sans frontières.

Le 13 août, treize journalistes sont molestés par la police lors d’une manifestation de l’alliance Dravada Munnetra Kazhagam (DMK, parti d’opposition) à Chennai (anciennement Madras, Etat du Tamil Nadu). Les policiers chargent les journalistes, dont une équipe de la chaîne Zee TV, alors que ces derniers photographient et filment une Jeep en feu près d’un bâtiment de la police. L’un d’entre eux souffre de blessures à la tête, les autres de contusions, dues à des coups de bâton.

(voir la suite-> art 1329]

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