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Reporters Sans Frontières

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Irak - Rapport annuel 2004

Publié le 3 mai 2004

Après des mois de bras de fer diplomatique entre Washington et Bagdad autour des armes de destruction massive, les Etats-Unis ont décidé, en mars 2003, de déclencher une offensive militaire pour chasser Saddam Hussein du pouvoir. Le 19 mars, les premiers bombardements aériens marquaient le début de la guerre. Trois semaines ont suffi pour renverser le régime bassiste de Saddam Hussein. Fin mai, l’embargo imposé à l’Irak depuis treize ans a été levé et l’ONU a envoyé Sergio Vieira de Mello comme son représentant spécial en Irak. Ce dernier est assassiné, en août, dans un attentat meurtrier contre le siège des Nations unies à Bagdad.
Formé en juillet, le Conseil de gouvernement transitoire irakien (25 membres désignés par les Etats-Unis) a buté rapidement sur l’ampleur de la tâche pour sécuriser et démocratiser le pays. En fin d’année, soucieux d’accélérer la passation des pouvoirs aux Irakiens, l’administrateur américain de l’Irak, Paul Bremer, a demandé au Conseil de rédiger une Constitution et d’établir un agenda pour des élections nationales en 2004. Le 13 décembre, après huit mois de traque, les forces kurdes et américaines ont capturé Saddam Hussein non loin de son fief de Tikrit, dans le nord du pays.
Pour les médias internationaux, le conflit en Irak a été l’occasion d’un déploiement humain et technologique sans précédent. Plus de 600 journalistes, parmi lesquels une majorité d’Américains, ont été invités par le Pentagone à couvrir la guerre depuis l’intérieur des troupes, vivant et se déplaçant avec elles. Appelé "incorporation" ("embedding"), ce dispositif, à mi-chemin entre l’extrême liberté des journalistes durant la guerre du Viêt-nam et le téléguidage de quelques "pools" de reporters durant la guerre du Golfe en 1991, a permis une couverture instantanée et pluraliste du conflit. Si les reporters "incorporés" devaient respecter, sous peine d’expulsion, une cinquantaine de règles visant à garantir la sécurité des opérations militaires, ils ont pu faire état des pertes et interviewer les blessés.
De son côté, le régime irakien a tenté jusqu’à ses dernières heures de contrôler étroitement le travail des centaines de journalistes non incorporés présents dans le pays. La chaîne arabe Al-Jazira a été violemment critiquée par Washington et Londres pour avoir diffusé des images de la télévision d’Etat irakienne montrant des prisonniers de guerre américains. Le conflit a été proportionnellement plus meurtrier pour les journalistes que pour les militaires de la coalition. Pour les médias, le bilan est très lourd : douze journalistes tués et deux disparus dans des circonstances directement liées à leur métier. Au total, dix-huit professionnels de l’information sont décédés alors qu’ils couvraient le conflit. Les Etats-Unis, responsables de la mort de cinq journalistes, ont failli à conduire des enquêtes dignes de ce nom sur ces "regrettables incidents".
Durant l’été, alors que les attaques de la guérilla irakienne se multipliaient, les soldats américains se sont montrés de plus en plus agressifs envers les médias, notamment arabes, accusés par Washington de complaisance, voire de complicité avec les combattants irakiens. Les entraves au travail des journalistes ont augmenté si fortement que, le 12 novembre, les médias américains ont exprimé collectivement au Pentagone leur "consternation" face à de telles difficultés. "Des recommandations ont été transmises aux unités de la coalition interdisant explicitement d’interférer avec le travail des journalistes", a souligné le commandant américain William Thurmond, qui a reconnu que "(…) des éléments individuels ne suivent pas ces consignes".
Pour les médias irakiens, des dizaines d’années de privation totale de liberté de la presse ont pris fin avec le bombardement du ministère de l’Information, le 9 avril à Bagdad. Pillé après la chute du régime, celui-ci a ensuite été dissous mettant au chômage près de 5 000 fonctionnaires, journalistes ou agents des services de renseignements. Les armées de la coalition ont créé, dès la fin de la guerre, de nouveaux médias opérant sous le nom de "Réseau des médias irakiens" (Iraqi Media Network, IMN). Bien que le quotidien Al-Sabah, la radio et la chaîne de télévision Al-Iraqiya se défendent d’être la voix de la coalition, l’opinion publique irakienne leur accorde néanmoins une crédibilité limitée.
Quant à la presse irakienne, elle est foisonnante et très politisée. Très rapidement, une centaine de nouveaux titres ont fait leur apparition remplaçant les quatre titres de la presse gouvernementale sur lesquels le fils aîné de Saddam Hussein, Oudaï, régnait d’une main de fer. La ruée des Irakiens sur les antennes paraboliques (interdites sous Saddam Hussein) et les cafés Internet est révélatrice d’une soif d’information libre, dont ils ne peuvent encore pleinement bénéficier tant les diverses menaces sur la presse locale demeurent fortes.

Douze journalistes tués

Le 22 mars 2003, Paul Moran, 39 ans, cameraman australien pour la chaîne ABC (Australian Broadcasting Corporation), est la première victime de la guerre qui vient de commencer. Il est tué dans l’explosion d’un taxi piégé à un check-point militaire près de la frontière iranienne, au Kurdistan irakien (nord de l’Irak). Selon le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer, l’attentat, perpétré par un groupe extrémiste lié à Al-Qaida, vient en représailles aux bombardements américains : "Nous croyons savoir que l’auteur de l’attentat suicide venait d’une organisation terroriste du nom d’Ansar Al-Islam, active depuis un certain temps dans le nord de l’Irak." Des responsables de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) ont également mis en cause cette organisation.
Le 22 mars, une équipe de la chaîne ITN (ITV News), circulant dans deux véhicules marqués "TV", est prise dans des combats entre forces américaines et irakiennes près de Bassorah (sud du pays). Le correspondant britannique de la chaîne, un vétéran du reportage de guerre, Terry Lloyd, 50 ans, est tué et un cameraman belge, Daniel Demoustier, blessé. Deux autres journalistes d’ITN, le cameraman français Frédéric Nérac et l’interprète libanais Hussein Othman, disparaissent sans laisser de traces. Les journalistes d’ITN, non incorporés, avaient traversé la frontière entre le Koweït et l’Irak lors du déclenchement des hostilités. ITN réalise une enquête indépendante sur les circonstances de la mort de Terry Lloyd qui établit que celui-ci a très vraisemblablement été tué par des tirs américains.
Le 2 avril, Kaveh Golestan, 52 ans, reporter d’images pour la chaîne britannique BBC, est tué par l’explosion d’une mine à Kifri, dans le nord de l’Irak. D’origine iranienne, le journaliste avait reçu le prix Pulitzer pour sa couverture de la révolution iranienne (1979) et du gazage de la population kurde à Halabja en 1988. "Kaveh Golestan était un photojournaliste exceptionnel, qui avait travaillé à renforcer la liberté d’expression dans son Iran natal et ailleurs", a déclaré le directeur de l’information de la BBC, Richard Sambrook. Il avait réalisé en 1991, pour une télévision italienne, un film sur la censure en Iran qui lui avait valu de nombreuses interdictions de travail de la part du régime iranien.
Le 4 avril, Michael Kelly, 46 ans, éditorialiste au quotidien Washington Post et "incorporé" (embedded) avec la 3e division d’infanterie américaine, est tué dans l’accident d’un véhicule Humvee qui a plongé dans un canal en essayant d’éviter des tirs irakiens lors de l’approche de l’aéroport de Bagdad. Un soldat américain trouve également la mort dans l’accident. Michael Kelly est le premier journaliste tué parmi les quelque 600 reporters intégrés aux troupes américano-britanniques.
Le 7 avril, l’envoyé spécial du quotidien espagnol El Mundo, Julio Anguita Parrado, 32 ans, de nationalité espagnole, et le reporter allemand du magazine Focus, Christian Liebig, 35 ans, sont tués par une roquette irakienne tirée sur un campement de l’armée américaine au sud de Bagdad. Les deux journalistes étaient "incorporés" au sein de la 3e division d’infanterie américaine. Ils avaient, semble-t-il, préféré ne pas accompagner un commando au centre de Bagdad, jugeant moins risqué de rester au quartier général.
Le 8 avril, l’armée américaine bombarde les bureaux des chaînes arabes Al-Jazira et Abu Dhabi TV à Bagdad. Tarek Ayoub, un Jordanien d’origine palestinienne âgé 35 ans, envoyé spécial d’Al-Jazira, est tué par un missile et l’un de ses collègues blessé. Les bureaux d’Al-Jazira sont situés dans un bâtiment résidentiel entre l’hôtel Mansour et le ministère du Plan dans le quartier des ministères dans le centre de la ville. De violents combats se déroulaient dans ce quartier. Un présentateur d’Al-Jazira accuse les forces armées américaines d’avoir "intentionnellement pris pour cible" ce bureau, rappelant que celui de Kaboul avait déjà été la cible de bombardements américains en 2001, lors de la guerre contre le régime taliban en Afghanistan. Un porte-parole du commandement central américain (Centcom) au Qatar dément qu’il puisse s’agir d’un bombardement intentionnel, ajoutant la formule rituelle selon laquelle "les forces de la coalition visent uniquement des cibles militaires légitimes". Le bureau d’Al-Jazira a subi d’importants dommages matériels. Dans une lettre adressée, le 24 février 2003, au Pentagone ainsi qu’à l’ambassade américaine au Qatar et au Centcom, la chaîne qatarie avait communiqué les coordonnées exactes de la localisation de leur bureau à Bagdad afin de garantir la sécurité de son équipe d’une vingtaine de personnes. Une plainte pour "crime de guerre" est déposée en Belgique, le 13 mai, contre le général américain Tommy Franks, commandant en chef des forces anglo-américaines pendant la guerre en Irak. Parmi les plaignants, figure Dima Tahboub, la veuve de Tarek Ayoub. La plainte est déposée devant le parquet fédéral belge à Bruxelles au nom de la loi dite de "compétence universelle".
Toujours le 8 avril, plus tard dans la matinée, à un demi-kilomètre de distance, deux journalistes sont tués lorsqu’un char américain Abrams tire un obus contre l’hôtel Méridien Palestine où loge la majorité de la presse internationale à Bagdad. Un cameraman ukrainien de l’agence Reuters, Taras Protsyuk, 35 ans, est en train de filmer sur un balcon de la chambre 1503 au quinzième étage. Il meurt quasiment sur le coup. Un cameraman espagnol de la chaîne privée Telecinco, José Couso, 37 ans, est blessé par la même déflagration et succombe à ses nombreuses blessures sur la table d’opération. Trois journalistes de Reuters sont blessés.
"Des commandants sur le terrain ont fait état de tirs ennemis importants en provenance de l’hôtel Palestine et les forces de la coalition ont riposté", déclare l’un des porte-parole du Centcom, le jour même à Doha. Les journalistes présents dans l’hôtel démentent la présence de tireurs irakiens dans ou à proximité de l’hôtel au moment des faits. "L’incident (...) soulève des questions sur les décisions prises par les soldats américains qui savaient que cet hôtel était la base principale de presque tous les journalistes étrangers de Bagdad", déclare le rédacteur en chef de Reuters, Geert Linnebank. Le sergent Shawn Gibson, commandant du char qui a fait feu sur l’hôtel depuis le pont Al-Joumhouriya, affirme ne pas avoir su que le bâtiment qu’il visait était un hôtel occupé par des journalistes. Il déclare : "Quand j’ai vu cet individu sur le balcon avec une paire de jumelles, il parlait, il montrait du doigt. Je n’ai pas visé tout de suite. J’ai appelé mes supérieurs pour leur dire ce que je voyais."
Les gouvernements espagnol et ukrainien demandent immédiatement des explications à Washington sur ce tir, qui provoque un tollé à travers le monde. Les autorités américaines promettent une enquête. Le 24 avril, dans une lettre adressée à la ministre espagnole des Affaires étrangères, Ana Palacio, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell justifie le tir par "un feu hostile" provenant de la direction de l’hôtel. "En situation de menace ou sous le feu, et avec des risques de pertes, nos forces doivent se défendre", déclare-t-il en affirmant que "l’usage de la force était justifié" pour répondre "au feu hostile qui semblait provenir d’un lieu postérieurement identifié comme étant l’hôtel Palestine".
Le 12 août, le Commandement central américain annonce la conclusion de son enquête. Le rapport d’investigation n’est pas transmis à la presse dans son intégralité, ni même à l’agence Reuters directement concernée par l’incident. Celui-ci conclut qu’un char américain a tiré, en situation de "légitime défense" un obus de 120 millimètres contre une position d’observation ennemie. L’unité américaine avait "des renseignements positifs disant qu’elle était sous l’observation directe d’une unité ennemie de chasseurs/tueurs".
Taras Protsyuk travaillait pour l’agence Reuters en poste à Kiev puis à Varsovie depuis 1993 et s’était illustré pour la qualité de son travail comme rédacteur et cameraman dans les contextes les plus violents : Bosnie, Tchétchénie, Kosovo, Macédoine, Pakistan et Afghanistan. Le décès de José Couso provoque en Espagne plusieurs manifestations de journalistes contre le gouvernement de José Maria Aznar, accusé d’avoir entraîné l’Espagne dans la guerre américaine contre l’Irak contre l’avis de la majorité de la population.
Le 2 juillet dans la nuit, Ahmad Karim, directeur du bureau de Kurdistan Satellite TV à Mossoul, est tué lors de combats dans la ville (nord du pays), selon Khabat, le journal du Parti démocratique kurde (PDK). Son assistant, Hoshyar Ahmad, est blessé. Le Syndicat des journalistes kurdes rend hommage au journaliste.
Le 17 août, Mazen Dana, 43 ans, cameraman de l’agence Reuters, est tué par un soldat américain alors qu’il filme, au lendemain d’une attaque irakienne, à l’extérieur de la prison d’Abou Ghraib, dans la banlieue de Bagdad. D’après les déclarations du capitaine américain Frank Thorp, le jour même à Washington, le cameraman aurait été pris pour cible par un soldat, sa caméra ayant été confondue avec un lance-roquettes. D’après le preneur de son de Reuters, Nael Choukhi, témoin de la scène, les journalistes avaient été invités par l’armée américaine à filmer cet endroit. Une fois sur les lieux, ils ont demandé l’autorisation de filmer aux soldats gardant la prison. "Intervenant si peu de temps après la mort de Taras Protsyuk, également tué par un tir américain, cette dernière mort est difficile à supporter", déclare le directeur général de Reuters, Tom Glocer. "C’est la raison pour laquelle je demande personnellement aux plus hautes autorités du gouvernement américain une enquête complète", ajoute-t-il, avant de saluer la mémoire de "l’un des cameramen les plus expérimentés" de l’agence Reuters. De nationalité palestinienne, Mazen Dana couvrait depuis dix ans l’actualité dans la ville d’Hébron (ville de Cisjordanie en partie réoccupée par l’armée israélienne). Son travail avait été primé en 2001 et il avait été blessé et battu par des soldats israéliens à plusieurs reprises. Le 22 septembre 2003, le ministère américain de la Défense annonce par la voix de l’un de ses porte-parole à Bagdad, le lieutenant-colonel George Krivo, qu’une enquête officielle conclut que Mazen Dana a été tué "dans le respect des règles de tirs". Il ajoute, sans donner de plus amples explications, qu’il s’agit d’un "regrettable incident". Ni l’agence Reuters, ni la famille de Mazen Dana n’ont été préalablement informées de la fin de l’enquête et de ses conclusions.
Le 28 octobre, Ahmed Shawkat, directeur de l’hebdomadaire Bila Ittijah ("Sans direction"), est assassiné par balles à Mossoul (nord de l’Irak). Il aurait été suivi par deux hommes alors qu’il se rendait sur le toit de son bureau pour téléphoner. Selon le témoignage de sa fille, Roaa Shawkat, travaillant également pour Bilah Ittijah, le journaliste "appelait à la démocratie, mais les gens ne comprennent pas ce que signifie la démocratie. Peut-être des islamistes s’en sont-ils pris à lui pour cette raison". Il aurait reçu au préalable des lettres de menaces lui conseillant de fermer son journal. "Il écrivait contre la résistance, contre les Américains, contre le gouvernement local et contre le précédent gouvernement. Il était intègre", a déclaré sa fille, avant de conclure : "Cette indépendance d’esprit ne plaisait pas à tout le monde".

Deux collaborateurs des médias tués

Le 6 avril 2003, Kamaran Abdurazak Muhamed, interprète kurde de la radio britannique BBC, est tué dans l’attaque aérienne d’un convoi transportant des forces spéciales américaines et des "groupes amis kurdes", à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Mossoul (nord de l’Irak). Selon la BBC, l’"attaque amie", reconnue par le commandement américain basé au Qatar, a fait au moins douze morts et de nombreux blessés. Kamaran Abdurazak Muhamed, 25 ans, travaillait pour la radio britannique depuis le mois de mars. Il accompagnait le journaliste de la BBC John Simpson, qui a été légèrement blessé dans l’attaque. D’après ce dernier, le convoi kurdo-américain a été attaqué par l’un des chasseurs bombardiers F-15E "Eagle" qui les survolaient à basse altitude.
Le 7 juillet, Jeremy Little, 27 ans, ingénieur du son freelance pour la chaîne américaine NBC News, meurt après avoir été blessé, le 29 juin à Falloujah, dans une attaque à la grenade contre une patrouille américaine de la 3e division d’infanterie qu’il accompagnait en Irak.

Deux journalistes disparus

Le 22 mars 2003, un cameraman français de la chaîne britannique ITN Frédéric Nérac, 43 ans, et son interprète libanais Hussein Othman, 28 ans, disparaissent sans laisser de traces quand leur équipe essuie des tirs lors de combats entre des forces américaines et irakiennes près de Bassorah (sud du pays). Le 3 avril, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell, interpellé lors d’une conférence de presse à Bruxelles par Fabienne Nérac, l’épouse du journaliste, promet de l’aider à faire la lumière sur cette disparition. Le 7 mai, les cartes professionnelles des deux journalistes sont retrouvées au siège du parti Baas à Al-Zoubair, à une vingtaine de kilomètres au sud de Bassorah. Si les autorités britanniques s’opposent tout d’abord à une enquête officielle, arguant qu’ITN doit apporter la preuve qu’un crime de guerre a été commis pour qu’une enquête soit ouverte, elles en acceptent le principe fin mai. Les recherches sur le terrain, conduites par la police militaire royale britannique, commencent début juin. Malgré les promesses de Colin Powell, l’armée américaine montre une grande réticence à communiquer aux enquêteurs des informations sur l’incident dans lequel elles sont impliquées.

Au moins dix-sept journalistes blessés

Le 22 mars 2003, le cameraman belge Daniel Demoustier, qui travaille pour la chaîne britannique ITN, est blessé lorsque les deux véhicules dans lesquels circule son équipe sont pris dans des combats entre forces américaines et irakiennes, près de Bassorah. Après s’être caché dans un fossé, il est rapatrié sur le Koweït par un journaliste anglais qui passait sur la route. Il voyageait dans un véhicule 4x4 estampillé "TV" ainsi que le correspondant Terry Lloyd (décédé) et Frédéric Nérac et Hussein Othman (disparus).
Le 22 mars, Eric Campbell, correspondant de la chaîne australienne ABC (Australian Broadcasting Corporation) est blessé par des éclats de bombes lors de l’attentat à la voiture piégée dans lequel le cameraman Paul Moran trouve la mort, à un check-point à l’extérieur du village de Khormal, près de la frontière iranienne, au Kurdistan irakien.
Le 4 avril, Stuart Hughes, réalisateur pour la BBC, est blessé au pied dans l’explosion d’une mine au nord de l’Irak qui tue le photoreporter Kaveh Golestan.
Le 6 avril, John Simpson, 58 ans, reporter de la BBC, est légèrement blessé dans l’attaque aérienne d’un convoi kurdo-américain à une cinquantaine de kilomètres de Mossoul (nord du pays). Le commandement américain (Centcom), basé au Qatar, reconnaît qu’il s’agit de "tirs amis". L’attaque a fait au moins 12 morts, parmi lesquels l’interprète kurde du journaliste, Kamaran Adburazak Muhamed.
Le 8 avril, , Zouhair Nazen Abbas, collaborateur de la chaîne qatarie Al-Jazira, est blessé par un éclat au cou lors du bombardement des bureaux de la chaîne à Bagdad dans lequel l’envoyé spécial Tarek Ayoub trouve la mort.
Le 8 avril, trois journalistes de l’agence Reuters sont blessés par le tir d’un obus américain à Bagdad qui tue les cameramen Taras Protsyuk et José Couso. Il s’agit de Samia Nakhoul, chef du bureau de Reuters dans le Golfe, du photographe irakien Faleh Kheiber et de Paul Pasquale, technicien britannique de télévision. Les deux premiers souffrent de blessures au visage et aux mains. Le troisième de blessures aux jambes. Tous sont hospitalisés, les médecins les déclarent hors de danger.
Le 12 avril, Kemal Batur, reporter de la chaîne de télévision turque Skyturk, et Mesut Gengec, cameraman, sont blessés lors d’échanges de tirs à Mossoul (nord de l’Irak) alors qu’ils se rendent en voiture à l’hôpital de la ville. Un deuxième véhicule transportant d’autres journalistes turcs s’arrête aussitôt pour prévenir la population qu’il s’agit de journalistes. Selon certains, les journalistes ont été pris pour des pilleurs, nombreux dans la ville depuis quelques jours. Selon d’autres, les journalistes ont été attaqués par des combattants loyalistes de Saddam Hussein.
Le 15 avril à l’aube, le journaliste roumain Andrei Nourescu est blessé lorsque le véhicule dans lequel il se trouve tombe dans une embuscade dans le sud de l’Irak, selon son témoignage en direct sur la chaîne privée roumaine Antena 1. La tête bandée, le bras en écharpe, Andrei Nourescu raconte que le 4x4 dans lequel il circulait avec trois confrères, deux Italiens et un Russe, a essuyé des tirs de mitrailleuses avant qu’une "explosion se produise sous le véhicule". Travaillant pour le journal sportif Gazeta Sporturilor, le groupe du quotidien Jurnalul et la chaîne Antena 1, le journaliste se rendait à Nassiriya pour écrire des articles sur le sort du sport irakien.
Le 14 novembre, Maria Joao Ruela, correspondante de la télévision portugaise privée SIC, est blessée par balles à la jambe lors d’une attaque dans le sud de l’Irak. Le convoi de journalistes avec lequel elle circule, parti du Koweït sans protection militaire, est attaqué par des hommes armés mais non identifiés peu après avoir franchi la frontière avec l’Irak. L’un de ses collègues portugais, Carlos Raleiras, est enlevé lors de cette attaque.
Le 11 décembre, un journaliste et un photographe de l’hebdomadaire américain Time magazine sont blessés par l’explosion d’une grenade jetée à l’intérieur du véhicule militaire Humvee dans lequel ils accompagnaient une patrouille américaine à Bagdad. Le journaliste Michael Weisskopf est grièvement blessé à la main. Le photographe James Nachtwey, familier des zones de guerre et l’un des fondateurs de l’agence Seven, est touché par des éclats.
Le 31 décembre, trois journalistes du journal Los Angeles Times - Chris Kraul, Ann Simmons et Tracy Wilkinson - sont légèrement blessés par l’explosion d’une voiture piégée, devant un restaurant de Bagdad, où des étrangers et notamment des journalistes, s’étaient rendus pour célébrer le réveillon de la Saint-Sylvestre.

Un journaliste enlevé

Le 14 novembre 2003, Carlos Raleiras, envoyé spécial de la radio portugaise privée TSF, est enlevé par un groupe de bandits armés alors qu’il circule avec un convoi de journalistes se rendant du Koweït à Bassorah (au sud de l’Irak), sans protection militaire. Ses ravisseurs réclament une rançon de 50 000 dollars pour sa libération, qui intervient le 15 novembre. Le Premier ministre portugais, José Manuel Durao Barroso, se réjouit de la remise en liberté du journaliste, mais ne souhaite pas commenter les conditions de ce dénouement. "Les journalistes avaient été mis en garde (…) que le Portugal n’avait pas les moyens de garantir leur sécurité lors de leurs déplacements en territoire irakien", a souligné, par ailleurs, le gouvernement portugais. Selon le journaliste, l’arrestation par la police irakienne du chef d’un groupe armé responsable de son enlèvement est à l’origine de sa libération. Il a confié n’avoir pas été maltraité par ses ravisseurs.

Six journalistes incarcérés

Du 25 mars au 1er avril 2003, quatre journalistes, parmi lesquels deux photographes indépendants et deux reporters du quotidien new-yorkais Newsday, sont incarcérés par les autorités irakiennes dans la prison d’Abou Ghraib, dans la périphérie de Bagdad. Matthew McAllester, 33 ans, reporter britannique de Newsday, et Moises Saman, 29 ans, photographe espagnol pour le même journal, sont accusés d’être des espions travaillant pour le compte de la CIA. Ils sont arrêtés avec Johan Spanner, 28 ans, photographe indépendant danois, et Molly Bingham, 34 ans, photographe américaine free-lance, qui sont également interrogés et emprisonnés à Bagdad pendant sept jours. La rédaction de Newsday sollicite l’assistance d’Ed Abington, ancien consul général américain à Jérusalem et actuel conseiller pour l’Autorité palestinienne basé à Washington DC, pour faire libérer les journalistes. Dans le quotidien Newsday, Matthew McAllester et Moises Saman décrivent par la suite une semaine cauchemardesque dans la prison d’Abou Ghraib, même si aucun d’eux n’a été maltraité physiquement. Johan Spanner raconte également avoir craint "de ne pas en sortir vivant". Il était entré en Irak avec un visa de touriste en compagnie de "boucliers humains" après que les autorités irakiennes avaient refusé à plusieurs reprises de lui accorder un visa professionnel.
Le 1er juillet, deux journalistes iraniens, Saïd Aboutaleb et Soheil Karimi, de la télévision nationale iranienne IRIB (Islamic Republic of Iran Broadcasting), sont arrêtés par les troupes américaines dans le sud de l’Irak, alors qu’ils réalisaient, selon leur témoignage, un documentaire. Le 7 juillet, des soldats américains récupèrent dans leur hôtel, à Kerbala, les affaires des journalistes, soupçonnés d’espionnage et d’avoir "porté atteinte à la sécurité", d’après un porte-parole de la coalition américano-britannique. Le 14 juillet, dans une lettre au commandement de l’armée américaine, le Comité international de la Croix-Rouge demande à rencontrer les journalistes, dont le président iranien Mohammad Khatami demande fermement la libération, le 24 juillet. Saïd Aboutaleb et Soheil Karimi sont libérés, le 3 novembre, après quatre mois de détention par l’armée américaine. Un représentant du ministère britannique des Affaires étrangères déclare que l’armée américaine a décidé de ne pas retenir de charges contre les deux hommes.

Plus de quarante journalistes interpellés

Fin mars 2003, dix journalistes sont interpellés et maintenus en résidence surveillée pendant plus de dix jours à l’hôtel Méridien Palestine par les autorités irakiennes pour "irrégularités de visas". Parmi eux, sept journalistes italiens sont arrêtés par la police irakienne le 28 mars à Bassorah (sud du pays) après être entrés en Irak la veille, depuis le Koweït. Ils sont tout d’abord pourchassés par les polices militaires britannique et américaine avant d’être appréhendés par des policiers irakiens. D’après la rédaction du quotidien italien Corriere della Sera, les ordinateurs, les téléphones et les passeports des reporters leur ont été confisqués. Ils n’ont pas l’autorisation de travailler et sont dans l’attente d’une éventuelle expulsion. Les sept journalistes italiens détenus sont : Franco Battistini du quotidien Corriere della Sera, Ezio Pasero du quotidien Il Messaggero, Luciano Gulli du quotidien Il Giornale, Leonardo Maisano du quotidien Sole 24 Ore de Milan, Toni Fontana du quotidien Unita à Rome, Lorenzo Bianchi du quotidien Il Resto del Carlino à Bologne, et Vittorio dell’Uva du quotidien Il Mattino à Naples. Quant aux trois journalistes de la chaîne française privée TF1, Denis Brunetti (reporter), Frédéric Petit (ingénieur du son) et Thierry Froissart (cameraman), ils sont arrêtés, le 23 mars, au sud du pays après avoir traversé la frontière irako-koweïtienne. Le 9 avril, les dix journalistes sont autorisés à reprendre leur travail. Leurs passeports et leur matériel leur sont rendus.
Le 28 mars, un cameraman de la chaîne Al-Jazira disparaît pendant près de 24 heures après que son équipe, composée d’un cameraman et de deux chauffeurs, a été prise sous le feu de chars britanniques à proximité de la ville de Bassorah (sud du pays), selon le journaliste de la chaîne Mohammed Sayed Mohsen présent au moment des faits. Suite aux tirs, Akil Abdel Réda a en réalité été interpellé et interrogé par les forces américaines, selon Al-Jazira, puis relâché après douze heures de détention.
Le 1er avril, un journaliste et un photographe australiens du quotidien The Australian sont arrêtés par la police irakienne dans la région de Bassorah et conduits à Bagdad dans l’attente d’une probable expulsion. Peter Wilson et John Feder sont retenus dans l’hôtel Méridien Palestine, où sont hébergés la plupart des envoyés spéciaux. Les autorités irakiennes leur reprochent d’avoir violé les réglementations sur la présence des journalistes. Ils se déplaçaient par leurs propres moyens (en 4x4) et se trouvaient dans le port irakien d’Oum Qasr (Sud) où déjà les polices militaires américaine et britannique les recherchaient pour les chasser d’Irak. "Ils ne veulent pas de journalistes indépendants, ils veulent des journalistes "incorporés" aux unités militaires", a déclaré Peter Wilson à son journal.
Le 7 avril, Marcin Firlej, 27 ans, de la chaîne de télévision privée polonaise TVN24, et Jacek Kaczmarek, 31 ans, de la radio publique polonaise, sont arrêtés à un barrage militaire non loin de la localité d’Al-Hillah (région de Nadjaf) par des Irakiens armés. Ils sont emmenés, les yeux bandés, et interrogés dans un lieu inconnu, puis libérés le lendemain par un civil qui leur rend les clés de leur véhicule alors qu’un bombardement commence. Les journalistes, munis d’une accréditation de presse de l’armée américaine, avaient quitté l’unité dans laquelle ils étaient.
Le 18 juin, les forces américaines interpellent un photographe de l’Agence France-Presse (AFP), qui prend des photos d’un attentat anti-américain dans un faubourg de Bagdad. Sa carte de presse et son appareil photo lui sont confisqués pendant une heure, puis les soldats le laissent partir.
Le 17 juillet, Abdel Azim Mohamed, reporter de la chaîne qatarie Al-Jazira, un autre journaliste ainsi qu’un cameraman, sont arrêtés à deux reprises en 24 heures par la police irakienne dans la localité de Ramadi, à l’ouest de Bagdad. Ils sont relâchés le 18 juillet après avoir été interrogés. La police irakienne les aurait accusés d’"incitation à la violence" puis se serait excusée, justifiant cette arrestation par "des instructions venant d’en haut". Al-Jazira avait diffusé début juillet le premier enregistrement sonore attribué à Saddam Hussein depuis la prise de Bagdad le 9 avril.
Le 19 juillet, cinq personnes sont arrêtées par les troupes américaines lors d’une perquisition dans les locaux du journal de l’Assemblée suprême de la révolution islamique (Asrii, chiite). Elles sont relâchées le 22 juillet. Le directeur du journal, Ghaleb Al-Zangil, qui a demandé les raisons de la perquisition, s’est vu répondre que les Américains "soupçonnaient la présence d’explosifs et d’armes". Les ordinateurs, le matériel de bureau et l’argent confisqués n’ont pas été restitués.
Le 26 juillet, le journaliste d’Al-Jazira Nawaf Al-Shahwani est arrêté, ainsi que son chauffeur, par des soldats américains dans la ville de Mossoul, au nord de l’Irak. Les deux hommes sont libérés le 28 juillet, mais, selon la chaîne qatarie, la vidéo tournée par son journaliste a été confisquée.
Le 26 juillet encore, quatre journalistes turcs - Yalcin Dogan du quotidien Hürriyet, Özdemir Ince, Faruk Balikçi et Ferit Aslan, de l’agence de presse DHA - sont interpellés par des soldats américains dans le centre de Bagdad. Un char américain stoppe les journalistes alors qu’ils sont en train de le photographier. Après une heure et demie de garde à vue et l’intervention de deux diplomates de l’ambassade de Turquie, les soldats libèrent les journalistes et leur restituent leurs papiers d’identité et appareils photo numériques. Les photos ont cependant été effacées.
Le 28 juillet, Kazutaka Sato, de la télévision japonaise Nippon Television Network Corp., est jeté à terre, frappé à coups de pied et détenu pendant une heure par des soldats américains après avoir filmé leur attaque sur une maison de Bagdad. Il a déclaré à la presse qu’il filmait derrière un cordon de sécurité lorsque les soldats ont tenté de l’en empêcher sans donner d’explications. Le journaliste a été relâché après que des confrères des médias internationaux furent venus aux nouvelles.
Le 10 septembre, Atwar Bahjat, correspondante d’Al-Jazira, est arrêtée par l’armée américaine avec son cameraman, Yasser Bahgat, alors qu’elle couvre une attaque à la bombe dans le quartier d’Al-Ghazzaliyah à Bagdad. Les deux journalistes, accusés d’avoir eu connaissance de l’attentat avant qu’il se produise, sont interrogés dans un centre de détention américain à l’aéroport de Bagdad puis libérés 24 heures plus tard. Le lendemain, le commandant des forces de la coalition en Irak Ricardo Sanchez, annonce qu’une enquête sera ouverte sur la détention de la journaliste, tout en estimant que celle-ci se justifiait.
Le 23 septembre, des soldats du 70e régiment blindé du 2nd bataillon américain interpellent Karim Kadim, photographe de l’agence de presse américaine Associated Press (AP), et son chauffeur, Mohammed Abbas, près d’Abou Ghraib, à l’ouest de Bagdad. Les militaires américains sont à la recherche d’explosifs dans le secteur et accusent les deux journalistes d’en avoir posé. Les deux hommes sont menottés, mis en joue et obligés de rester trois heures en plein soleil, face à un char. "Nous nous sommes identifiés comme journalistes (…). On m’a demandé de ne pas prendre de photos et je n’en ai pas pris. On nous a dit de partir, puis un soldat a crié de revenir", déclare Karim Kadim. "J’ai eu peur qu’ils nous tirent dessus. Les soldats étaient très tendus, ils hurlaient en permanence", ajoute-t-il. Les deux journalistes sont ensuite transférés en camion vers une base américaine où le major Eric Wick leur présente ses excuses. Il explique au bureau d’AP à Bagdad qu’il s’agit d’un "malentendu de la part [de l’armée]".
Le 3 octobre, Salah Husein Nussaif, cameraman d’Al-Jazira, est arrêté par la police irakienne à Shahraban, à environ 100 kilomètres au nord-est de Bagdad, pendant qu’il filme une manifestation. Emmené au commissariat et gardé en cellule pendant une journée, il est ensuite remis à l’armée américaine, puis de nouveau placé entre les mains des autorités irakiennes, qui ont reçu l’ordre de ne pas le relâcher. Le journaliste passe trois jours en prison avant d’être libéré, sans avoir été informé de la raison de son arrestation.
Le 7 octobre, Alain Dubat et Jérôme Bony, de la télévision publique française France 2, sont en train de filmer des images sur un campus universitaire de Bagdad lorsque des soldats américains sur place les empêchent de continuer leur reportage, saisissent leurs cassettes et les chassent.
Le 19 octobre, Patrick Baz, photographe de l’Agence France-Presse (AFP), et Hamza Al-Badri, cameraman de l’agence Reuters, sont arrêtés à Falloujah (50 km à l’ouest de Bagdad) par des policiers irakiens, alors qu’ils couvrent les suites d’une attaque contre un convoi américain. Les deux journalistes se rendent au commissariat de police de Falloujah où on leur a dit qu’une conférence de presse va se tenir. Une fois au poste, ils sont placés en état d’arrestation. La police irakienne affirme agir sur ordre de soldats américains qui seraient à la recherche d’une personne ayant filmé l’attaque dont a été victime l’un de leurs convois à Falloujah. En fin de journée, les journalistes sont transférés du commissariat de police irakien au quartier général de l’armée américaine dans la ville, avant d’être libérés.
Le 28 octobre, Samir Hamzah, cameraman d’Al-Jazira, est arrêté par des militaires américains alors qu’il filme une explosion devant un commissariat de police, à l’ouest de Bagdad. Cette explosion s’inscrit dans une série d’attaques à la bombe, qui ont fait de très nombreuses victimes. Les militaires américains accusent le journaliste d’avoir eu connaissance de l’attaque avant les faits, mais le relâchent le jour même.
Le 2 novembre, Ali Youssef, correspondant de l’AFP, est interpellé durant deux heures par les forces américaines à Baquba (60 km au nord-est de Bagdad). Le journaliste couvre depuis plusieurs mois cette région qui est le théâtre de fréquentes attaques anti-américaines. Un officier américain téléphone au bureau de l’AFP à Bagdad pour vérifier l’identité du correspondant. Il précise que ce dernier a été interpellé pour avoir pris des photos d’installations militaires dans la région.
Le 3 novembre, Salah Hasan, cameraman de la chaîne Al-Jazira, est arrêté par les forces de l’armée américaine alors que, avec plusieurs journalistes étrangers, il s’était rendu à Baquba où des explosions avaient eu lieu. Selon Jihad Ballout, porte-parole d’Al-Jazira, après que le groupe de journalistes a été soumis à un contrôle d’identité, Salah Hasan a été le seul à être arrêté. Il s’est dit très inquiet devant ce nombre croissant d’incidents semblant indiquer que les employés d’ Al-Jazira sont particulièrement pris pour cibles. La caméra et les films de Salah Hasan lui ont été confisqués. Lui même a été libéré après 24 heures de détention.

Au moins quinze journalistes agressés

Le 24 mars 2003, Ouadah Khanfar, correspondant de la chaîne Al-Jazira, et son cadreur, dont le nom n’a pas été communiqué, sont interpellés et battus par des forces de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) à Chamchamal. Le journaliste venait d’intervenir en direct depuis cette agglomération située sur la ligne de démarcation entre le kurdistan "autonome" et le reste de l’Irak. Les deux hommes sont relâchés peu après.
Dans la nuit du 25 au 26 mars, quatre journalistes sont arrêtés par la police militaire américaine près de Nadjaf (centre de l’Irak). Luis Castro et Victor Silva, respectivement journaliste et cameraman de la chaîne de télévision publique portugaise RTP, Dan Scemama, reporter de la télévision publique israélienne, et Boaz Bizmuth, journaliste du quotidien israélien Yediot Aharonot, sont détenus dans une jeep pendant près de 36 heures, avec interdiction de communiquer avec l’extérieur. Ils sont relâchés le 28 mars, au Koweït, après qu’un officier supérieur s’est rendu compte de la méprise. Les militaires américains ont violemment frappé l’un des quatre journalistes qu’ils accusaient d’être des "espions". Les deux journalistes israéliens ne disposaient pas d’accréditation pour se trouver dans cette zone. Dan Scemama a déclaré sur les ondes de sa télévision avoir passé les "deux pires journées de sa vie". "Ils nous accusaient d’être des terroristes (…) malgré nos explications, ils ont pointé leurs armes sur nous pendant des heures."
Le 10 avril, un groupe de journalistes portugais est agressé et détroussé par une foule dans le centre de Bagdad. "Nous avons presque été lynchés", déclare Carlos Fino de la radio-télévision publique portugaise. Selon lui, un homme armé d’une Kalachnikov a tiré dans les pneus des voitures des journalistes. Ceux-ci ont ensuite été extirpés de leurs voitures, menacés et frappés à coups de crosse. L’équipement audiovisuel, l’argent et les effets personnels des journalistes ont été volés. Plusieurs hommes, apparemment des responsables irakiens, sont arrivés sur les lieux et ont finalement permis aux journalistes de repartir.
Le 12 avril au soir, trois journalistes malaisiens, kidnappés le matin à Bagdad, sont relâchés sains et saufs. Terence Fernandez, reporter du quotidien The Sun, Anuar Hashim, photographe du quotidien New Straits Times, et Omar Salleh, cameraman pour la radio-télévision publique, sont pris dans une embuscade et kidnappés par des hommes armés non identifiés sur le chemin de l’hôtel Sheraton à un hôpital de la ville. Leur interprète irakien est tué et deux médecins sont blessés dans l’attaque D’après Yazid Naim, journaliste de la radio-télévision malaisienne, ses collègues "ont été bien traités. Ils ont été attaqués par erreur par des hommes armés, probablement des miliciens irakiens, qui n’avaient pas réalisé qu’ils étaient Malaisiens". Les trois reporters font partie d’un groupe de 28 journalistes pris en charge et envoyés en Irak par le gouvernement de Kuala Lumpur afin de couvrir "objectivement" la guerre. Les autorités malaisiennes ont reproché aux médias occidentaux leur couverture trop partisane du conflit.
Le 6 juillet, Sami Tolga Anadali et Kenan Gurduz, de l’agence de presse semi-officielle turque Agence Anatolie (AA), sont agressés et détroussés par six pillards armés alors qu’ils circulent en voiture entre Kirkouk et Bagdad. Ils reçoivent l’ordre de descendre du véhicule et de s’allonger par terre, puis sont dépouillés de leurs téléphones satellitaires, ordinateur portable, argent, passeports.
Le 11 août, Hassan Fattah, rédacteur en chef de Iraq Today, l’un des principaux journaux anglophones du pays, accuse les forces américaines de l’avoir menotté et jeté à terre, et de lui avoir interdit l’entrée du Centre de conférences de Bagdad. Il affirme être arrivé vers 17h00 au Centre, soit une demi-heure avant la conférence de presse du président du Conseil du gouvernement provisoire, Ibrahim al-Jafaari. Un militaire américain lui interdit l’accès au bâtiment, arguant que, en raison des contrôles de sécurité, il faut arriver une heure avant les conférences. Cependant, le militaire aurait laissé entrer d’autres journalistes arrivés plus tard. Une brève altercation se serait alors engagée qui conduit à l’interdiction pour Hassan Fattah d’accéder au centre. Celui-ci reçoit par la suite une autorisation officielle d’accès au Centre de conférences.
Le 7 novembre, Sami Awad, un cameraman libanais indépendant travaillant pour une chaîne de télévision allemande, déclare avoir été jeté à terre et mis en joue par des soldats américains après avoir obtenu l’autorisation de passer un barrage routier à Bagdad.
Le 13 novembre, un groupe d’hommes armés détient brièvement trois journalistes portugais, dont Jose Manuel Resendo de la radio publique Radiodifusao Portuguesa et le photographe Alfredo Cunha du quotidien Jornal de Noticias. Les journalistes circulaient dans deux voitures sur une route près de Bassorah, au sud de l’Irak. Avant que des troupes américaines n’arrivent sur les lieux, l’un d’entre eux a été dépouillé de son véhicule et de son matériel.

Journalistes et locaux de médias pris pour cibles

Dans la nuit du 25 au 26 mars 2003, la télévision d’Etat irakienne, la chaîne satellitaire et celle de la Jeunesse, dirigée par le fils aîné de Saddam Hussein, Oudaï, interrompent leurs émissions à la suite d’un bombardement direct de leur siège à Bagdad par les forces de la coalition anglo-américaine. La télévision nationale reprend ses programmes après quarante-cinq minutes d’arrêt. Les deux autres chaînes cessent d’émettre pendant plusieurs heures. Des officiels américains déclarent que ce raid visait à éliminer le système de communication du président Saddam Hussein avec le peuple et l’armée irakiens, évoquant les images des prisonniers américains et des corps ensanglantés que les Irakiens ont présentés comme ceux de soldats américains. Ces déclarations attestent que la télévision nationale irakienne a été délibérément visée, bien que cet objectif ne puisse constituer une cible militaire au regard du droit international.
Les émissions de la télévision d’Etat irakienne sont interrompues environ trente minutes dans la nuit du 2 au 3 avril à la suite de nouveaux bombardements sur Bagdad. Le complexe abritant la télévision d’Etat a été plusieurs fois la cible de bombardements américano-britanniques depuis le début de la guerre, le 20 mars, et les émissions ont été souvent interrompues.{{ }}Freimut Duve, représentant pour la liberté d’expression de l’Organisation pour la sécurité et la coopération Européenne (OSCE) condamne, le 1er avril, le bombardement de la télévision irakienne par l’aviation américaine, estimant que cela revenait à "s’attaquer aux médias". "Détruire la technologie des médias d’une dictature, c’est toujours combattre les médias", déclare-t-il. Il admet qu’il puisse y avoir des arguments pour "faire taire la propagande" mais, "il y a des techniciens, des cameramen qu’on ne peut pas qualifier de soldats ou de propagandistes et ils se font tuer". Dans la même logique, poursuit-il, "on pourrait aussi bombarder les centres de distribution des journaux à Bagdad".
En avril, la chaîne qatarie Al-Jazira accuse les forces américaines d’avoir tiré sur l’un de ses véhicules portant le sigle de la chaîne et circulant sur une autoroute à l’extérieur de Bagdad, sans préciser ni la date, ni les conséquences de ce tir. Dans un communiqué daté du 7 avril, la chaîne affirme que l’hôtel Sheraton dans lequel logent ses journalistes à Bassorah a été pris pour cible par les forces de la coalition et a reçu quatre missiles. Al-Jazira dit encore avoir fourni au Pentagone "toutes les informations relatives aux sièges et lieux de résidence de ses envoyés spéciaux qui couvrent la guerre en Irak" et lui avoir demandé de "communiquer ces informations aux militaires sur le terrain". Al-Jazira est à ce moment-là le seul média international présent à Bassorah, dans le sud de l’Irak.
Le 8 avril à Bagdad, les bureaux de la chaîne émiratie Abu Dhabi TV, situés dans une zone de forts combats, entre l’hôtel Mansour et le ministère du Plan, sont encerclés par des chars américains et des combattants irakiens. Une vingtaine de journalistes et techniciens sont prisonniers à l’intérieur du bâtiment. Après plus d’une nuit d’encerclement, ils appellent à l’aide par téléphone et demandent l’arrêt des tirs pour pouvoir sortir.
Le 13 avril, une équipe de la chaîne américaine CNN est prise sous des tirs à l’entrée de la ville de Tikrit, qui n’a pas encore été attaquée par les forces américaines et se trouve encore entre les mains des partisans de Saddam Hussein. Les journalistes de CNN, parmi lesquels le reporter Brent Sadler, se déplacent en convoi de plusieurs voitures et sont accompagnés d’un garde du corps armé, recruté par une société de sécurité privée. Celui-ci, un Kurde irakien, riposte à l’arme automatique puis le convoi fait demi-tour. Le chauffeur irakien de CNN est légèrement blessé et transporté à l’hôpital.
Le 18 septembre, des soldats américains ouvrent le feu sur un véhicule de l’agence de presse américaine Associated Press (AP) à Khaldiya, à l’extérieur de Bagdad, lorsque l’un de ses reporters, Karim Kadim, tente de filmer un convoi militaire qui vient de subir une attaque. Alors que ce dernier sort sa caméra pour prendre des images d’un des véhicules américains en feu, des soldats tirent à l’arme automatique plusieurs salves depuis un char. Le véhicule reçoit une vingtaine d’impacts, pulvérisant le pare-brise et faisant éclater les pneus. Le reporter court, sous les balles, se mettre à l’abri derrière le coin d’un immeuble. "La mention AP était bien visible sur la voiture, mais ils ont tout de même ouvert le feu", a précisé Karim Kadim. Selon des témoins, les forces américaines avaient subi de lourdes pertes dans une série d’attaques contre un convoi militaire dans cette ville située à 80 km à l’ouest de Bagdad.
Le 25 septembre, une bombe explose à côté de l’hôtel Al-Aike à Bagdad qui abrite une équipe de la télévision américaine NBC. Un employé de l’hôtel est tué et deux personnes sont blessées, parmi lesquelles un preneur de son de NBC, David Moodie, légèrement touché à la main. Le personnel de NBC est évacué de l’hôtel. D’après le correspondant de la chaîne, Jim Avila, aucun signe sur l’immeuble ne pouvait indiquer la présence des bureaux de NBC dans l’hôtel et la chaîne n’avait reçu aucune menace. Bien qu’il soit difficile de savoir si les journalistes ont été délibérément visés, des habitants du quartier affirment que la présence d’Américains et de journalistes dans cet hôtel était connue.
Le 18 novembre, une bombe détruit à Erbil, au Kurdistan irakien, une voiture appartenant à des journalistes turcs de l’agence semi-officielle turque Anatolie, sans faire de victimes. "Une charge explosive, d’un poids de moins d’un kilo, a été placée sous la voiture", déclare un responsable de la sécurité kurde. Le motif de l’attaque n’est pas établi.
Le 21 novembre au matin, les hôtels Palestine et Sheraton à Bagdad sont les cibles d’attaques à la roquette, faisant au moins deux blessés. Trois roquettes sont tirées sur l’hôtel Palestine, où se trouvent surtout des journalistes des médias audiovisuels, une autre est tirée sur l’hôtel d’en face, le Sheraton, qui abrite également de nombreux journalistes étrangers en reportage à Bagdad.

Pressions et entraves

Le 30 janvier 2003, une dizaine de journalistes américains sont évacués du principal hôtel de Souleimaniyah (Kurdistan irakien) par des combattants de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), suite à des menaces d’attentats lancées par le groupe terroriste Ansar Al-Islam, lié à Al-Qaida.
Le 3 février, Mohammed Dahlan, du quotidien Surya basé à Surabaya (Indonésie), est brièvement détenu à Bagdad par des agents irakiens avant d’être renvoyé vers la Jordanie. L’ambassade indonésienne à Amman confirme que le journaliste était entré en Irak sans visa et que l’incident s’est finalement bien terminé. D’après le quotidien Surya, le journaliste aurait été accusé de tentative d’espionnage, passible de la peine de mort.
Le 14 février, les autorités américaines décident d’expulser le correspondant de l’agence de presse officielle irakienne INA à New York. Les autorités irakiennes réagissent, le jour même, en ordonnant l’expulsion de Greg Palkot, correspondant de la chaîne de télévision américaine Fox News à Bagdad, arrivé sur place quinze jours auparavant. Le reporter de Fox News, la chaîne de Rupert Murdoch, n’a pas été remplacé à Bagdad.
Selon CNN, des agents du renseignement irakien ont planifié en mars une attaque contre des journalistes de la chaîne de télévision américaine travaillant au Kurdistan irakien, dans le nord du pays. Ce complot à été mis au jour par la police kurde, qui a arrêté deux hommes présentés comme des agents du renseignement irakien. CNN a obtenu des enregistrements vidéo dans lesquels les deux hommes avouent que leurs supérieurs à Bagdad leur avaient demandé de perpétrer un attentat dans un hôtel d’Erbil qui abritait le personnel de CNN, a précisé Eason Jordan, directeur de l’information de la chaîne.
Le 9 mars, les autorités irakiennes expulsent le journaliste canadien Scott Taylor, reporter du Toronto Sun et directeur de la rédaction du magazine militaire Esprit de corps, qu’elles accusent d’appartenir au Mossad, les services secrets israéliens.
Le 12 mars, c’est au tour de l’envoyée spéciale du quotidien espagnol La Razón, Teresa Bó, d’être expulsée. Les autorités lui reprochent d’avoir "improprement parlé" du gouvernement irakien.
Le 13 mars, David Filipov, du Boston Globe, est expulsé après avoir utilisé un téléphone satellitaire pour envoyer un article à sa rédaction depuis sa chambre d’hôtel. Les journalistes ont pour consigne d’utiliser et de garder leurs téléphones satellitaires dans le centre de presse à Bagdad.
Le 19 mars, Nizamettin Kaplan, reporter de la chaîne d’information continue turque NTV à Zaho (nord de l’Irak), son confrère Ibrahim Atesoglu, et le correspondant de la chaîne turque TV8, Fuat Kozluklu, sont contraints par des soldats kurdes de quitter la ville de Zaho.
La plupart des médias quittent, le 19 mars, le ministère irakien de l’Information, considéré comme une cible potentielle, pour diffuser depuis leur hôtel. Alors que les premiers bombardements anglo-américains commencent, le 20 mars, les autorités irakiennes redoublent la surveillance des journalistes étrangers et le harcèlement à leur encontre. Elles saisissent les téléphones satellitaires de plusieurs reporters qui évacuent la capitale irakienne. Les journalistes ne peuvent plus se déplacer librement. Certains sont transportés en bus à travers la ville avec interdiction d’aborder les habitants ou de s’approcher des cibles bombardées. Des correspondants d’Associated Press et de CNN sont escortés jusqu’à l’hôpital pour y voir les premières victimes civiles.
Le 21 mars, les autorités irakiennes expulsent l’équipe de CNN à Bagdad, la dernière télévision américaine présente en Irak après le départ du correspondant de CBS pour des raisons de sécurité. C’est apparemment pour protester contre la couverture du conflit par la chaîne que les envoyés spéciaux Nic Robertson et Rym Barhimi, la productrice Ingrid Formanek et le cameraman Brian Puchaty sont expulsés vers Amman (Jordanie). Un officiel irakien estime qu’ils sont "pires que l’administration américaine". La chaîne a décidé d’embaucher des journalistes free-lance pour remplacer son équipe. C’est la troisième fois que des journalistes de la chaîne américaine sont expulsés d’Irak depuis l’ouverture de son bureau à Bagdad en 1990.
Le 22 mars, le journaliste croate Robert Valdec est expulsé par les autorités irakiennes après avoir commencé à travailler pour CNN. La chaîne américaine avait recruté ce correspondant du quotidien Jutarnji list et de la chaîne CCN (Croatian Commercial Networks) après l’expulsion de son équipe de la capitale irakienne.
Le 24 mars, deux journalistes iraniens - le reporter Ali Montazeri et le cadreur Abdolreza Abbasi - travaillant pour des télévisions émiraties et libanaises, sont arrêtés par les forces irakiennes après avoir passé clandestinement la frontière irano-irakienne. Ils ont traversé le Chatt Al-Arab à bord d’une embarcation pour aller couvrir les combats dans la péninsule d’Al-Fao. Ils sont remis aux autorités iraniennes le 26 mars.
Le 27 mars, un journaliste américain non incorporé travaillant pour le quotidien américain Christian Science Monitor et le quotidien britannique Daily Telegraph, Phil Smucker, est écarté des lignes de front par des Marines et son matériel saisi. Le Pentagone lui reproche d’avoir donné des indications trop précises sur la localisation des unités américaines et le fait reconduire à la frontière koweïtienne.
Le 31 mars, Ian McPhedran, du journal australien Daily Telegraph, reçoit l’ordre de quitter l’Irak pour avoir "enfreint les règles" en sortant de son hôtel à Bagdad sans escorte pour se rendre au ministère de l’Information bombardé à plusieurs reprises. Il est expulsé d’Irak ainsi que Bonny Schoonakker, un reporter de l’hebdomadaire sud-africain Sunday Times, pour une raison non précisée.
Le 31 mars, Geraldo Rivera, correspondant vedette de la chaîne américaine Fox News, est expulsé d’Irak par l’armée américaine qui lui reproche d’avoir révélé la localisation de l’unité militaire américaine dans laquelle il avait été incorporé.
Le 1er avril, alors que les troupes américaines avancent vers Bagdad, le ministère irakien de l’Information annonce que Diyar al-Omari, correspondant de la chaîne Al-Jazira à Bagdad, est "interdit de poursuivre son travail" et Tayssir Allouni, un autre correspondant de la chaîne, sommé de quitter l’Irak "le plus vite possible". Al-Jazira déclare regretter cette décision "surprenante et injustifiée". Pendant quelques jours, elle continue de diffuser des images en direct de Bagdad, Bassorah et Mossoul. Elle est en particulier la seule télévision présente à Bassorah, la métropole du Sud encerclée par les forces américano-britanniques. Le 4 avril, Al-Jazira annonce que les autorités irakiennes sont revenues sur leur décision d’interdire à ses deux journalistes de travailler dans le pays. Elle n’a pas fourni d’explications sur ce revirement.
A partir du 14 avril, des soldats américains opèrent, plusieurs jours de suite, des fouilles musclées dans les chambres de certains journalistes logeant à l’hôtel Méridien Palestine, à Bagdad. Une productrice de la chaîne américaine CNN, Linda Roth, raconte qu’elle a trouvé plusieurs Marines armés dans sa chambre. Ces derniers lui ordonnent de rester dans le couloir en attendant que la fouille soit terminée, "pour des raisons de sécurité".
Le 15 avril, des soldats américains éloignent la presse internationale qui tente de couvrir une manifestation devant l’hôtel Méridien Palestine, où sont hébergés à la fois un centre d’opérations des forces américaines et la plupart des journalistes étrangers présents à Bagdad. Un officier des Marines explique : "Nous voulons que vous vous retiriez à l’arrière de l’hôtel car les Irakiens manifestent uniquement parce que la presse est là." Quelque 300 manifestants étaient réunis pour la troisième journée consécutive devant l’hôtel pour réclamer le rétablissement des services publics, notamment l’électricité, et protester contre l’absence de sécurité.
Le 22 juillet, pour la première fois, l’administration américaine ferme un journal irakien, le quotidien Al-Moustaqilla (L’Indépendant), accusé d’incitation au meurtre. Un décret promulgué début juin par Paul Bremer, l’administrateur civil américain de l’Irak, interdit et réprime, entre autres, l’"incitation à la violence contre les forces de la coalition" ainsi que l’"incitation à la haine raciale et religieuse". Un communiqué de presse des forces de la coalition précise que le journal est fermé en raison d’un article publié le 13 juillet et intitulé "Mort aux espions et aux collaborateurs (avec les Américains). Les tuer est un devoir religieux". L’autorité américaine et les services de police irakiens déclarent que "Al-Moustaqilla représente une menace sérieuse pour les citoyens". La fermeture des bureaux a été effectuée par la police irakienne qui a également arrêté l’un des employés du journal et saisi son équipement. Le journal a rouvert un mois après.
Le 14 août, les militaires américains annoncent à leurs officiers en Irak que les reporters, photographes et équipes de télévision ne pourront plus accompagner les militaires dans certaines opérations. Le temps que l’agence de presse américaine Associated Press reprenne l’information, le quartier général à Bagdad a changé son ordre, sans donner d’explications.
Le 23 septembre, le Conseil de gouvernement transitoire irakien décide de prendre des sanctions "dissuasives" à l’encontre des chaînes arabes Al-Arabiya et Al-Jazira, auxquelles il reproche de promouvoir "la violence politique", "l’assassinat de membres du Conseil de gouvernement transitoire", de "promouvoir l’assassinat de membres des forces de la coalition anglo-américaine" et de "diffuser des enregistrements de terroristes". Les deux chaînes arabes, parmi les plus regardées par les téléspectateurs irakiens et arabes, sont interdites de couvrir les activités du Conseil ainsi que tout événement officiel pour une durée de deux semaines. Cette décision fait suite à une tentative d’assassinat, le 20 septembre, de Akila Al-Hachimi, membre du Conseil de gouvernement provisoire irakien. Le 29 août, Ibrahim Al-Jaafari, premier président du Conseil, avait pourtant assuré que celui-ci n’avait pas l’intention de fermer les bureaux d’aucune chaîne arabe. La chaîne Al-Arabiya avait diffusé deux jours auparavant un enregistrement montrant des hommes armés et cagoulés menaçant de tuer les membres du Conseil et ceux qui coopéraient avec eux. Al-Jazira et Al-Arabiya ont diffusé, depuis le renversement du régime irakien, des enregistrements sonores attribués à Saddam Hussein et dans lesquels le président irakien déchu appelle à combattre les forces de la coalition anglo-américaine. Les dirigeants américains sont très critiques à l’égard des chaînes arabes, les accusant de donner une trop grande place aux attaques anti-américaines en Irak.
Fin octobre, la 101e division de l’armée américaine à Mossoul (au nord du pays) ferme L’Echo de Tallafar, journal du Front des Turcomans d’Irak à Tallafar, une ville située au nord de Mossoul. Selon un responsable américain, ce journal a violé les règles interdisant aux journaux irakiens d’inciter à la violence contre les Américains. Le journal aurait également provoqué un certain désordre dans la ville en raison d’un article titré "Mossoul appartient aux Turcs".
Le 24 novembre, le Conseil du gouvernement transitoire irakien décide de fermer les bureaux de la chaîne satellitaire Al-Arabiya en Irak et de lui interdire d’opérer dans le pays jusqu’à ce qu’elle s’engage par écrit à ne pas "encourager le terrorisme". Jalal Talabani, président temporaire du Conseil, reproche à la chaîne satellitaire d’avoir incité à la violence et au meurtre en diffusant un enregistrement sonore attribué à Saddam Hussein et dans lequel celui-ci appelle à combattre les Américains et ceux qui les aident. Le lendemain, Washington déclare soutenir la décision du Conseil irakien et déclare que les deux chaînes rivales Al-Jazira et Al-Arabiya sont "violemment anti-coalition". La direction d’Al-Arabiya, basée à Dubaï, annonce qu’elle va cesser de diffuser depuis l’Irak jusqu’à ce que son litige avec le Conseil de gouvernement irakien soit réglé juridiquement. Lors de la capture de l’ancien président irakien Saddam Hussein, le 13 décembre, la chaîne reprend - officieusement - ses activités dans le pays.

CLASSEMENT MONDIAL

ENNEMIS D'INTERNET

RAPPORT MONDIAL

Au moins 77 journalistes et collaborateurs de presse ont été enlevés en Irak depuis mars 2003. 23 d'entre eux ont été exécutés, 40 ont été libérés et 13 sont toujours entre les mains de leurs ravisseurs. Plusieurs mois après leur enlèvement, on reste sans nouvelles d'eux.

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