Publié le 3 mai 2004
9 février 2010 - Le nombre de journalistes emprisonnés dépasse la barre des 65
5 février 2010 - Récit des violations de la liberté de la presse en temps réel à Téhéran et dans le reste de l’Iran (depuis 1er janvier 2010)
3 février 2010 - Ouverture d’une nouvelle série de procès staliniens
L’Iran reste dans une situation dramatique et paradoxale en matière de liberté de la presse. Plus grande prison pour les journalistes du Moyen-Orient, doté d’une censure intransigeante, le pays est cependant riche d’une presse aux débats dynamiques, qui a incontestablement favorisé l’émergence d’une société civile. Cette presse reflète avec assez de justesse le clivage entre réformateurs et conservateurs, issu de la structure particulière du régime avec, au sommet de l’Etat, un Guide de la République conservateur, Ali Khamenei, et un président réformateur, Mohammad Khatami, qui est loin de détenir tous les pouvoirs. Coexistent donc une presse conservatrice, engendrée par la révolution islamique et proche du Guide, et une presse réformatrice, apparue en 1997, au lendemain de l’élection du président Khatami. S’il n’existe pas de presse d’opposition en tant que telle, de vrais débats ont pu naître grâce à ce clivage politique.
Tout écrit reste cependant hautement contrôlé, notamment par le Conseil de sécurité national (dirigé par le président Khatami, mais majoritairement composé de conservateurs) qui envoie chaque semaine à tous les journaux une liste de sujets interdits, comme, en 2003, les manifestations étudiantes de 1999, la reprise du dialogue avec les Etats-Unis, l’affaire Kazemi, ou tout ce qui a concerné la signature d’un protocole sur le nucléaire. Rapporter des faits ou des déclarations d’hommes politiques iraniens sur ces sujets a parfois été possible. En revanche, toute analyse sur ces questions a été totalement prohibée. Nombre de journaux ont été suspendus par le Conseil de sécurité national, y compris des titres de la presse conservatrice.
La véritable bête noire de la presse réformatrice est Saïd Mortazavi, qui agit sous les ordres d’Abbas Ali Alizadeh, tout-puissant chef de la justice, chargé par le Guide de la République d’en finir avec la liberté de la presse. Saïd Mortazavi a été nommé procureur de Téhéran le 20 mai, après avoir occupé les fonctions de président du tribunal 1410 dit "tribunal de la presse", tristement célèbre pour avoir suspendu des dizaines de journaux dès avril 2000. En 2003, le procureur s’est acharné à suspendre des titres et à incarcérer des journalistes, jugés souvent lors de procès à huis clos et placés en isolement pendant plusieurs mois, comme l’ont constaté le chef de la délégation d’un groupe de travail des Nations unies, Louis Joinet, et Ambeyi Ligabo, rapporteur spécial des Nations unies pour la liberté d’expression. Exaspérés par cette répression mise en œuvre par Saïd Mortazavi, les journalistes ont réclamé, le 8 août, son limogeage. En février, l’ayatollah Mohammad Sadegh Al-Essehagh, juge de la Haute Court de l’Iran habilitée à casser toutes les décisions prises par des magistrats, n’a pas hésité à affirmer que la loi utilisée depuis 2000 pour fermer près de cent journaux, était "illégale". Soumise au harcèlement des autorités judiciaires, la presse a subi en outre la pression du ministère des Renseignements qui a convoqué dans l’année plus d’une trentaine de journalistes. Les libérations dont ont bénéficié certains professionnels des médias sont très souvent conditionnelles. Ces journalistes, soumis à de fortes pressions, sont notamment menacés d’être renvoyés en prison pour purger la totalité de leur peine.
La tension est encore montée d’un cran avec la mort, le 10 juillet, de la photojournaliste Zahra Kazemi, de nationalité iranienne et canadienne, qui avait été incarcérée à Evine après avoir pris des photos de famille de détenus devant les murs de la sinistre prison. Cette affaire, que les autorités iraniennes ont d’abord tenté d’étouffer, a révélé à l’opinion internationale les pratiques de la justice iranienne et les conditions de détention des prisonniers politiques. L’enquête, confiée à la branche criminelle du parquet de Téhéran, sous l’autorité du juge Mortazavi, directement mis en cause dans l’affaire, a été également un puissant révélateur de la violente opposition entre réformateurs et conservateurs : un agent du ministère des Renseignements a été accusé du meurtre par le ministère de la Justice, qui a ainsi tenté de disculper le juge Mortazavi, pourtant fortement soupçonné d’être impliqué. L’impunité risque fort de triompher une nouvelle fois, comme ce fut le cas pour les meurtres de journalistes et d’intellectuels en 1998.
Une journaliste tuée
Le 23 juin 2003, Zahra Kazemi, photojournaliste irano-canadienne, est interpellée par les forces de sécurité, alors qu’elle prend des photos de familles de détenus devant la prison d’Evine au nord de Téhéran. Battue au cours de sa détention, elle tombe dans le coma. Transportée le 27 juin à l’hôpital Baghiatollah de Téhéran, elle décède officiellement le 10 juillet. Après avoir tenté de dissimuler les causes de la mort de la journaliste, les autorités iraniennes reconnaissent, le 16 juillet, par la voix du vice-président Ali Abtahi, qu’elle a été "battue". Le corps de Zahra Kazemi est néanmoins inhumé dans la précipitation, le 22 juillet, à Chiraz (sud du pays). La mère de la journaliste, résidente en Iran, avait pourtant demandé le rapatriement du corps au Canada. Elle avoue, le 30 juillet, avoir été victime de pressions pour en autoriser l’inhumation en Iran. Les autorités canadiennes n’ont eu de cesse, depuis l’annonce de la mort de Zahra Kazemi, de demander le rapatriement de son corps au Canada, conformément au souhait de Stéphan Kazemi, le fils de la journaliste, de nationalité franco-canadienne.
Dans cette affaire, certains députés réformateurs iraniens sont allés jusqu’à accuser l’autorité judiciaire d’être responsable de la mort de Zahra Kazemi. Le 24 juillet, dans une lettre publiée par la presse, Mohammad Hussein Khoshvaght, directeur de la presse étrangère du ministère de la Culture et de l’Orientation islamique, reconnaît que Saïd Mortazavi l’a forcé à annoncer que Zahra Kazemi était morte d’une hémorragie cérébrale. Le procureur aurait reproché à Mohammad Hussein Khoshvaght, responsable de la délivrance des visas presse pour les étrangers, d’en avoir délivré un à une espionne. Selon le député réformateur Mohsen Armine, Saïd Mortazavi "a donné l’ordre de mettre en place une version selon laquelle elle était morte d’une hémorragie cérébrale, et a sommé la famille de l’enterrer très rapidement". Il ajoute que Zahra Kazemi aurait dit à la police qui l’interrogeait qu’elle avait été frappée à la tête. Le 30 juillet, le vice-président Ali Abtahi parle ouvertement de "meurtre". De son côté, le 11 août, le porte-parole de l’autorité judiciaire, Gholam Hossein Elham, reconnaît que la journaliste est morte à la suite d’un coup porté à la tête mais que la faute n’incombe pas à une institution, mais à des individus. Pourtant, la pratique de la torture ne semble pas rare dans les prisons iraniennes.
Le 22 septembre, la branche criminelle du parquet de Téhéran, présidée par le juge enquêteur Javad Esmaeli, rend publiques ses conclusions, marquant ainsi la fin des enquêtes officielles du parquet. La justice iranienne écarte toute responsabilité des institutions étatiques dans le meurtre de Zahra Kazemi et accuse, sans le nommer, un agent du ministère des Renseignements qui aurait interrogé la journaliste irano-canadienne. Celui-ci est inculpé de meurtre "quasi intentionnel", étant entendu par cette formulation que l’accusé n’a pas porté les coups à Zahra Kazemi avec l’intention de la tuer. Le ministère des Renseignements, réputé proche des réformateurs, réagit avec virulence à l’annonce de la mise en cause de l’un de ses membres et menace immédiatement de divulguer toutes les preuves en sa possession qui semblent mettre en cause les services du procureur Mortazavi. La lutte entre réformateurs proches du président Mohammad Khatami et les conservateurs liés au Guide Ali Khamenei fait obstacle à l’établissement de la vérité et rend plus que nécessaire une enquête indépendante et impartiale à laquelle doivent participer des experts internationaux, comme l’exigent les autorités canadiennes. En octobre, l’avocate Shirine Ebadi, prix Nobel de la paix 2003, accepte de représenter la mère de Zahra Kazemi.
Nouveaux éléments sur des journalistes tués avant 2003
Fin 1998, les meurtres d’intellectuels et d’opposants - Darioush et Parvaneh Forouhar, figures emblématiques de l’opposition libérale, Majid Charif, éditorialiste pour le mensuel Iran-e-Farda, les écrivains-journalistes Mohammad Mokhtari et Mohammad Jafar Pouyandeh - avaient profondément choqué les Iraniens et provoqué la mobilisation d’une grande partie de la presse réformatrice. Les autorités avaient alors mis sur pied une commission d’enquête. En janvier 1999, le ministère des Renseignements avait reconnu officiellement l’implication de certains de ses agents et annoncé l’arrestation de dizaines de suspects. Il semblerait que Pirouz Davani, rédacteur en chef du journal Pirouz, qui avait disparu fin août 1998, mais dont le corps n’a jamais été retrouvé, soit à ajouter au nombre des victimes. En janvier 2001, dans le cadre du meurtre des époux Forouhar, quinze agents du ministère des Renseignements avaient été condamnés : trois à la peine de mort et douze à des peines de prison. Trois autres personnes, soupçonnées d’être impliquées, avaient été acquittées. Fin janvier 2003, la Cour suprême a confirmé le verdict de la cour d’appel (qui avait confirmé le jugement de première instance). Dans cette affaire, les familles des victimes se sont plaintes que les commanditaires n’aient pas été mis en cause. Fin novembre 2002, suite à un rassemblement de 5 000 personnes commémorant l’anniversaire de ces assassinats, les familles des victimes ont porté plainte devant la Commission des droits de l’homme des Nations unies pour qu’elle enquête sur ces meurtres.
Trois journalistes agressés
Le 16 août 2003, Hassan Raghifar, de l’hebdomadaire régional Asan, est enlevé par quatre inconnus, interrogé sur les activités de son journal, torturé pendant deux heures, puis relâché. Asan avait publié plusieurs articles sur des arrestations de journalistes.
En juin, lors de manifestations étudiantes, plusieurs journalistes, dont Negareh Babakhani du quotidien Hambastegi, sont frappés par des policiers et des militants en civil.
Le 2 juillet, Peyman Pakmehr, journaliste indépendant, est agressé et enlevé par quatre membres des milices islamistes, alors qu’il vient de transmettre un reportage à une radio iranienne à l’étranger. Il regagne son domicile deux jours plus tard.
Quarante-trois journalistes incarcérés
Le 22 avril 2000, Akbar Ganji, journaliste du quotidien Sobh-e Emrouz, a été arrêté à l’issue d’une audience devant le tribunal de la presse. Le journaliste est poursuivi pour ses révélations sur les meurtres d’opposants et d’intellectuels, fin 1998, et pour ses articles favorables à l’ayatollah Hossein-Ali Montazeri, placé en résidence surveillée depuis 1989. Akbar Ganji est également accusé d’avoir participé, en avril 2000, à la conférence de Berlin, consacrée aux réformes en Iran et jugée anti-islamique par les autorités du pays. Lors d’une audience, le journaliste a déclaré avoir été torturé en prison. Le 13 janvier 2001, il a été condamné à dix ans de prison. En mai, sa peine a été ramenée, en appel, à six mois. Mais le 15 juillet, la Cour suprême était revenue sur ce verdict sous prétexte d’irrégularités commises lors de la procédure d’appel. Le journaliste écope de six ans de prison. Jusqu’en 2003, Akbar Ganji a bénéficié, à plusieurs reprises, d’autorisations de sortie de quelques jours contre des cautions élevées. En juillet 2003, sa famille fait part de ses inquiétudes quant à l’état de santé du journaliste à qui on aurait refusé des soins. Fin novembre, il est hospitalisé dans un hôpital de Téhéran. Le 23 décembre, il bénéficie d’une permission médicale.
Le 5 août 2000, Hassan Youssefi Eshkevari, théologien et collaborateur du mensuel Iran-e Farda, est incarcéré à la prison d’Evine, à Téhéran, après la perquisition de son domicile. Il s’était rendu en Europe, en avril, pour participer à la conférence de Berlin et faire soigner son diabète. Durant son procès, qui s’est tenu à huis clos devant le tribunal des autorités religieuses du 7 au 15 octobre, il a été accusé "d’activités subversives contre la sécurité nationale", de "diffamation envers les autorités", "d’atteinte au prestige du clergé" et d’être un "mohareb" (combattant contre Dieu). Le 12 octobre 2002, lors d’une convocation par le tribunal des autorités religieuses, Hassan Youssefi Eshkevari, a été informé qu’il était condamné à sept ans de prison : quatre ans pour avoir déclaré que le port du voile et le code vestimentaire pour les femmes avaient des origines culturelles et historiques en Iran et qu’il n’était pas une nécessité pour l’islam ; un an pour sa participation à la Conférence de Berlin et deux ans pour "propagation de fausses informations".
Le 16 octobre 2002, Behrouz Gheranpayeh, directeur de la Société nationale des études de l’opinion publique (institut de sondage), et journaliste du quotidien Norouz, (aujourd’hui fermé) a été arrêté et conduit à la prison d’Evine. Il est accusé "d’espionnage" et "d’activité avec les Moudjahidin du peuple" (opposition en exil). Le 31 octobre, Hossein Ghazian, l’un des directeurs de l’institut de sondage Ayandeh, également journaliste du quotidien Norouz, a été arrêté et emprisonné à Evine. Le 4 novembre, Abbas Abdi, autre directeur de Ayandeh, ancien rédacteur en chef du quotidien Salam et membre de la rédaction de nombreux journaux réformateurs, a été arrêté à son domicile. Le juge Saïd Mortazavi accuse Ayandeh d’avoir "reçu de l’argent d’un institut de sondage américain, Gallup, ou d’une ambassade étrangère". Alors que Behrouz Gheranpayeh est libéré en janvier, ses collègues demeurent incarcérés. En première instance, et à l’issue d’un procès tenu à huis clos, ils sont condamnés, le 6 janvier 2003, à quatre ans et six mois de prison : quatre ans pour "avoir communiqué des informations à des pays ennemis" et six mois pour "propagande contre le régime islamique". Depuis le début du procès, les proches des trois journalistes se sont inquiétés de ce qu’ils aient fait des aveux, un signe de pressions psychologiques très fortes. A la mi-avril, en appel, les peines des trois journalistes sont confirmées.
Le 12 janvier 2003, Ali Reza Eshraghi, Hamid Ghazvini et Rahman Ahmadi, du quotidien Hayat-e Now, suspendu la veille, sont arrêtés suite à la publication d’une caricature, le 8 janvier, qui représentait un homme âgé, à la barbe blanche, vêtu d’une longue robe noire et assis par terre, avec le pouce d’une main géante (où est inscrit "Roosevelt" sur la manche) pressant sur sa tête. La caricature illustrait, sans rapport évident, un entretien avec un professeur en sciences sociales sur le thème de l’effondrement social. Ce dessin, pris sur un site officiel américain, avait été publié en 1937 dans un journal américain pour illustrer les pressions du président Roosevelt sur la Cour suprême américaine. Quelques heures plus tard, Hamid Ghazvini est libéré. Rahman recouvre la liberté le 13 janvier et Ali Reza Eshraghi le 9 mars.
Le 18 février, Mohsen Sazgara, l’un des fondateurs de la presse réformatrice, directeur du site d’information www.alliran.net, est arrêté à son domicile par des agents des services de sécurité en civil. Son domicile, puis son bureau, sont fouillés. De nombreux documents sont confisqués. Dans la semaine du 10 février, le journaliste avait diffusé, sur son site, un article dans lequel il appelait à une réforme de la Constitution. Il écrivait également que la volonté du peuple iranien était "prise en otage par six religieux du Conseil des gardiens" (instance, dominée par les conservateurs, dont les membres sont nommés par le Guide de la République qui supervise les élections et ratifie les lois). "L’expérience de ces cinq dernières années montre que le pouvoir religieux ne peut être réformé. Il ne peut être efficace", écrivait le journaliste qui qualifiait encore de "dictatorial" le pouvoir de l’ayatollah Khamenei. Le 22 février, il est remis en liberté. Le 3 juin, il est interdit de sortie du territoire. La veille, le journaliste avait été convoqué au ministère des Renseignements où on l’avait informé qu’une réglementation récemment approuvée par le Conseil suprême de la sécurité nationale (la plus haute instance en charge de la sécurité du territoire) interdisait à certains responsables de parler à des médias étrangers en persan. Cette interdiction de sortie du territoire le punirait d’être intervenu sur des radios étrangères. Le 15 juin, en pleine période de manifestations étudiantes, Mohsen Sazgara est à nouveau arrêté. Sa famille accepte de payer une caution de six milliards de rials (environ 600 000 euros convertis au taux officiel), mais le journaliste n’est pas libéré. Au cours de sa détention, le journaliste observe deux grèves de la faim de 56 et 23 jours, malgré ses graves problèmes cardiaques. Inculpé par le tribunal révolutionnaire de Téhéran, pour "atteinte à la sécurité nationale" et "insulte au Guide de la République", il est condamné le 27 septembre à un an de prison ferme au terme d’un procès à huis clos. Il est libéré le 6 octobre.
Le 26 février, Kambiz Kaveh, des revues cinématographiques Sinema-ye Jahan, Majaleh-ye Film, Donia-ye Tasvir, Sinema-e Now, et Saïd Mostaghasi, de l’hebdomadaire Haftehnameh-ye Sinema, sont arrêtés à leur domicile puis transférés dans un lieu inconnu. Leurs maisons sont perquisitionnées. Les deux journalistes sont libérés le 10 avril.
Le 28 février, Mohammad Abdi, rédacteur en chef du mensuel Honar-e Haftom, et Amir Ezati, du mensuel Mahnameh-ye Film, sont arrêtés. Mohammad Abdi est libéré le 14 avril. Amir Ezati, accusé d’avoir traduit et distribué le livre interdit en Iran de Salman Rushdie "Les versets sataniques", est relâché le 30 juin après plus de 120 jours de détention, dont soixante passés en cellule individuelle.
Le 1er mars, après s’être rendue à une convocation d’Adareh Amaken (une section de la police téhéranaise habituellement chargée des délits à caractère "moral" et considérée comme proche des services de renseignements), Yasamin Soufi, critique de musique de films, est transférée vers un lieu inconnu. Elle est relâchée le 4 mars, puis arrêtée à nouveau le 17 mars et remise en liberté le 20 mars.
Le 17 mars, Ali-Reza Jabari, traducteur et collaborateur de plusieurs journaux indépendants dont le mensuel Adineh, est arrêté puis condamné, le 19 avril, à quatre ans de prison, 253 coups de fouet et six millions de rials (environ 600 euros) pour "consommation et distribution de boissons alcooliques, adultère et incitation à des actes immoraux", un chef d’accusation fréquent à l’encontre des personnes laïques. Le 17 juin, il est condamné, en appel, à trois ans de prison. En réalité, ce que l’on reproche au journaliste est d’être membre de l’Association des écrivains et d’avoir envoyé des articles à des sites d’informations basés à l’étranger, tout particulièrement en faveur d’un avocat emprisonné, Nasser Zarafshan.
Le 29 mars, Behzad Khorshidi, rédacteur en chef du mensuel Piramon, est convoqué par Adareh Amaken puis transféré vers un lieu inconnu. Le journaliste aurait été accusé de "critiquer la politique culturelle du régime" et de "relations avec le journaliste Siamak Pourzand<=. Il avait déjà été arrêté le 17 mars dans les mêmes conditions puis relâché quelques jours plus tard. Il est libéré le 13 mai.
Le 30 mars, Siamak Pourzand, collaborateur de radios de l’opposition iranienne basées aux Etats-Unis, est arrêté puis conduit à la prison de Evine. Début décembre 2002, il avait bénéficié d’une permission à durée indéterminée. Cette méthode est parfois utilisée par l’autorité judiciaire lorsqu’elle doit céder à la pression internationale. Le journaliste, qui ne possède aucun papier administratif attestant de sa libération, peut être à nouveau arrêté et mis en prison lorsque les autorités le souhaitent. Egalement directeur d’un centre culturel à Téhéran, le journaliste avait été arrêté le 24 novembre 2001 puis condamné, en mai 2002, à huit ans de prison pour "action contre la sécurité de l’Etat par ses liens avec des monarchistes et des contre-révolutionnaires". La cour avait pourtant déclaré avoir pris en compte ses aveux avant de rendre son verdict. Acceptant toutes les charges retenues contre lui, le journaliste avait déclaré qu’il n’avait pas à se défendre. Sa famille avait alors fait part de son inquiétude quant aux pressions psychologiques subies par Siamak Pourzand lors de sa détention pour le forcer à avouer. En mai 2002, la cour d’appel de Téhéran avait confirmé sa peine de huit ans de prison. Le journaliste est toujours en détention.
Le 13 avril, Ahmad Zeid-Abadi, du quotidien Hamshahri, se présente au tribunal d’où il est transféré vers la prison d’Evine. Le 10 mars, il avait été condamné, en appel, à treize mois de prison (huit mois pour "propagande contre le régime" et cinq mois pour "publication de fausses nouvelles") et cinq ans d’interdiction "d’activité publique et sociale", dont le journalisme. Il est libéré le 6 octobre.
Le 20 avril, Sina Motallebi, du quotidien réformateur Hayat-e Now et animateur du site www.rooznegar.com, est arrêté après avoir été convoqué, la veille, par Adareh Amaken. Après la fermeture, en janvier, du journal, Sina Motallebi avait activé le site Rouznegar sur lequel il avait notamment pris la défense de Alireza Eshraghi, un journaliste de Hayat-e Now arrêté le 11 janvier. Ce site s’est attiré les foudres de certains réformateurs - critiqués pour leur silence sur les arrestations de journalistes - et de la justice iranienne. Accusé d’"atteinte à la sécurité nationale à travers une activité artistique", Sina Motallebi avait été convoqué à plusieurs reprises par la justice de Téhéran et Adareh Amaken. Le journaliste est relâché le 12 mai.
Le 14 juin, Taghi Rahmani, de l’hebdomadaire Omid-e Zangan, Reza Alijani, rédacteur en chef du mensuel Iran-e Farda et lauréat du prix Reporters sans frontières - Fondation de France 2001, et Hoda Saber, un des dirigeants de Iran-e Farda, tous condamnés en mai à de lourdes peines de prison, mais laissés en liberté, sont arrêtés dans le cadre d’une autre affaire. Les journalistes sont notamment accusés d’avoir tenu des réunions secrètes avec des étudiants pour entretenir le mouvement de contestation. Plusieurs manifestations avaient eu lieu en juin, autour du principal campus de Téhéran. Des slogans très critiques à l’égard du régime y avaient été lancés. Ces arrestations ont été menées sur ordre du procureur de Téhéran, Saïd Mortazavi. Le 15 octobre, Golamhossein Elham, porte-parole du pouvoir judiciaire, a confirmé que trois journalistes "étaient en train de purger leur peine de prison". Mais le porte-parole a omis de préciser les motifs de l’incarcération de ces journalistes, ainsi que la date et le lieu de leur procès. Celui-ci aurait eu lieu à huis clos, le 15 septembre. Jusqu’au 30 octobre, ils sont maintenus en isolement total avant d’être placés dans une cellule commune. Le 10 mai, le tribunal révolutionnaire avait déjà condamné Taghi Rahmani à onze ans de prison et dix ans de privation de ses droits civiques, Reza Alijani à six ans de prison et dix ans de privation de ses droits civiques, et Hoda Saber à dix ans de prison et dix ans de privation de ses droits civiques.
Le 15 juin, Amin Bozorgian, rédacteur en chef du quotidien Golestan-e Iran, est arrêté. On lui reprocherait d’avoir incité les étudiants à la révolte. Il est libéré un mois plus tard.
Le 16 juin, Ali Akrami, du quotidien réformateur Nedat Eslahat (suspendu), est arrêté. Il est remis en liberté le 9 juillet.
Le même jour, Ensafali Hedayat, du quotidien Salam, se trouve à l’université de Tabriz (nord du pays) pour couvrir une manifestation lorsqu’il est arrêté par des inconnus. On lui reprocherait d’avoir incité les étudiants à la révolte. Il est libéré le 14 juillet, après avoir passé plus de vingt jours en cellule d’isolement.
Les 16 et 18 juin, Amir Teirani, journaliste indépendant, et Mohamed Reza Bouzeri, du quotidien Golestan-e Iran, sont arrêtés pour avoir "incité les étudiants à manifester ". Ce dernier est libéré le 20 juillet. Amir Teirani est maintenu en isolement et sous fortes pressions psychologiques pour avouer la détention de documents considérés "top secret", jusqu’à sa libération, le 15 septembre.
Le 6 juillet, Iraj Jamshidi, rédacteur en chef du quotidien financier Asia, et son épouse Saghi Baghernia, directrice de la publication, sont arrêtés pour "publication de propagande contre le régime". La veille, le journal avait publié une photo de Maryam Rajavi, l’épouse de Massoud Rajavi, figure emblématique des Moudjahidin du peuple, interpellée en France le 17 juin. La directrice du journal est libérée le lendemain et le journal suspendu. La dernière visite de sa famille et de son avocat à Iraj Jamshidi remonte au 30 octobre.
Le 7 juillet, Esmail Jamshidi, du mensuel Gardon, et frère de Iraj Jamshidi, est à son tour arrêté. Aucune explication n’est fournie. Il est libéré le 31 août.
Les 11 et 12 juillet, Hossein Bastani, Vahid Pourostad et Saïd Razavi Faghi, tous trois membres de la rédaction du quotidien réformateur Yas-e no, ainsi que Shahram Mohamadi-Nia, directeur de l’hebdomadaire Vaght, sont convoqués par Saïd Mortazavi, procureur général de Téhéran, avant d’être emprisonnés. Le journal Yas-e no avait publié, le 10 juillet, un article expliquant que la rédaction avait préparé un dossier complet sur les manifestations du 9 juillet mais avait reçu l’ordre du ministère des Renseignements de ne pas le publier. Mohamadi-Nia, accusé d’avoir publié "une photo et un article impropre", est libéré le 16 juillet. Hossein Bastani et Vahid Pourostad sont relâchés le 20 juillet. Saïd Razavi Faghi est libéré sous caution, le 25 septembre, après avoir été maintenu plus de 78 jours en isolement .
Le 12 juillet, Iraj Rasteghar, directeur de l’hebdomadaire Tavana (suspendu), est arrêté dans le cadre du procès contre son journal. Il est libéré sous caution le 16 juillet.
Le même jour, le journaliste indépendant Arash Salehi est arrêté dans les rues de Téhéran. Il est remis en liberté un mois plus tard.
Le 15 juillet, Hossein Farrokhi, directeur du mensuel Sinema-Teatre, est arrêté et accusé d’avoir publié des photos de femmes ne respectant pas le code vestimentaire en vigueur dans la république islamique. Il est libéré sous caution le 17 juillet.
Le 20 juillet, Abolgasem Golbaf, directeur du mensuel Gozaresh, est arrêté pour "propagande contre le régime et publication de fausses nouvelles". Le 9 octobre, il est libéré après paiement d’une caution de 400 millions de rials (environ 40 000 euros).
Le 26 juillet, Arash Noporshian, dessinateur, Mohammad-Amin Golbaf et Nader Karimi, journalistes du mensuel Gozaresh, sont arrêtés faute d’avoir versé une caution réclamée par la justice pour des raisons non précisées. Ils sont relâchés le 3 août.
Le 28 juillet, Ali Reza Ahmadi, journaliste au journal économique Asia, est convoqué et mis en détention à la prison d’Evine. Il est placé en isolement.
Le 7 septembre, Behzad Zarinpour, rédacteur en chef du quotidien Asia, est convoqué par le tribunal de Téhéran dans la matinée. Dans l’après-midi, des hommes en civil effectuent une perquisition à son domicile. Pendant une semaine, sa famillerestesans nouvelles. Le 13 septembre, le système judiciaire iranien reconnaît dans un communiqué de presse que Behzad Zarinpour est incarcéré. Il est libéré le 5 octobre.
Trois journalistes incarcérés avant 2003 ont été libérés.
Le 29 mai 2000, Emadoldin Baghi, du quotidien Fath, a été arrêté, à l’issue d’une audience devant le tribunal de la presse. Le 17 juillet, il était condamné à cinq ans et demi de prison pour "atteinte à la sécurité nationale" et "propagation de fausses nouvelles". On lui reproche d’avoir défendu, dans un éditorial du quotidien Neshat de septembre 1999, une vision moderne de l’islam par rapport à la peine de mort. Les gardiens de la Révolution (Pasdaran) et l’ancien ministre des Renseignements avaient porté plainte contre le journaliste. Le 23 octobre, sa peine est ramenée à trois ans de prison. Il est libéré le 6 février 2003. Début juin, il est convoqué par la 26e section du tribunal de Téhéran et informé qu’il ne peut quitter le territoire.
Fin novembre 2002, Bijan Safsari, rédacteur en chef du quotidien Seda-ye Edalat et propriétaire du quotidien Azad, a été arrêté. Il avait été accusé, par le tribunal 1410, dit "tribunal de la presse", d’avoir poursuivi son activité journalistique pour une autre publication - Seda-ye Edalat - bien qu’Azad ait été suspendu en juillet 2002. Il avait été "privé de ses droits civils". Il est libéré le 28 mai 2003.
Le 16 octobre 2002, Behrouz Gheranpayeh, directeur de la Société nationale des études de l’opinion publique (institut de sondage) et journaliste du quotidien Norouz, a été arrêté et conduit à la prison d’Evine. Il est accusé d’ "espionnage" et de "collusion avec les Moudjahidin du peuple" (opposition armée en exil). Le 16 janvier 2003, il est libéré contre une caution de 1,3 milliards de rials (environ 130 000 euros).
Un cyberdissident emprisonné
Le 16 janvier 2003, Javad Tavaf, rédacteur du site personnel Rangin Kaman, et l’un des leaders du mouvement étudiant, est arrêté à son domicile, à Téhéran, par des agents qui se présentent comme appartenant à la cinquième branche du tribunal militaire. Mais lorsque sa famille se présente à ce même tribunal, les responsables nient l’arrestation. Depuis un an, son site d’informations est très visité. Il aurait été arrêté pour avoir publié des textes très critiques à l’égard du Guide. Il est relâché le 18 janvier.
Deux journalistes interpellés
Le 15 juillet 2003, Issa Saharkhiz, directeur du mensuel Aftab, est arrêté puis libéré sous caution le 17 juillet. Le 27 juillet, il est de nouveau arrêté puis relâché le lendemain après s’être expliqué sur une accusation de corruption. Il est convoqué à nouveau le 26 août par la 7e section du service du procureur de Téhéran. Il est entendu sur les déclarations qu’auraient faites Iraj Jamshidi, rédacteur en chef du quotidien économique Asia, arrêté début juillet. Le journal conservateur Resalat avait accusé Issa Saharkhiz de "corruption" dans son édition du 25 août.
Le 7 octobre, Mohsen Mandegari, chef du service politique du quotidien conservateur Entekhab, est convoqué par le tribunal révolutionnaire de Téhéran et mis en détention jusqu’au lendemain, comme l’a confirmé Mohammad Mehdi Faghihi, rédacteur en chef du journal, lui-même convoqué et détenu quelques heures le même jour. Cette arrestation fait suite à la publication d’un article révélant les enjeux que représente, à l’intérieur du régime, la signature du protocole de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA).
Pressions et entraves
Le 11 janvier 2003, le quotidien réformateur Bahar est suspendu sur ordre du tribunal de la presse. Quelques jours auparavant, le quotidien avait publié un article sur les transactions boursières douteuses de la société Al-Zahra, dont trois des actionnaires sont d’importantes personnalités politiques : Hashemi Rafsandjani, ancien président de la République, l’ayatollah Yazdi, ancien chef du système judiciaire, et Ahmad Janati, chef du conseil des gardiens de la Révolution. Bahar avait déjà été suspendu le 8 août 2000 et n’avait pu reprendre sa parution qu’en décembre 2002.
Le 16 janvier, Hamid Ghazvini, Hossin Moslem et Ahmad Shams, du quotidien Hayat-e Now, sont convoqués pour la troisième fois par le tribunal du clergé. Ils sont interrogés, comme les fois précédentes, pendant six à sept heures. Mohsen Mosahafi et Sayah Rezai, du même journal, sont également convoqués et longuement interrogés.
Le 19 janvier, Akram Didari, du quotidien Hamshahri, est convoqué pour ses écrits par le tribunal des autorités religieuses.
Le 23 janvier, le quotidien Hamshahri est suspendu pendant dix jours pour avoir refusé de publier un droit de réponse d’Ali-Reza Mahjoub, secrétaire général de la Maison de l’ouvrier, syndicat officiel des travailleurs. Cible privilégiée des autorités, ce journal avait déjà été interdit de distribution en dehors de la capitale, sous prétexte qu’il appartenait à la ville de Téhéran. Il reparaît cinq jours plus tard.
Fin février, Sepideh Abroaviz, Narges Vishkai, Assal Samari, Yasamin Soufi et Mehrnaz Teherani, journalistes pour la presse cinématographique, sont interrogées par Adareh Amaken. La justice de Téhéran les accuse notamment de "critiquer la politique culturelle du régime" et de "relations avec Siamak Pourzand". Par ailleurs, le directeur des forces de sécurité de Téhéran déclare avoir trouvé, au domicile des journalistes, de nombreux "CD immoraux".
Le 9 mars, Narges Mohammadi, de l’hebdomadaire Peyam-e Hajar, est condamnée à un an de prison avec sursis pour avoir accordé des interviews à des médias lors de la détention de son mari, Taghi Rahmani, journaliste de l’hebdomadaire Omid-e-Zangan. Le 4 novembre 2002, elle avait été convoquée par le tribunal révolutionnaire de Téhéran pour "trouble à l’ordre public". La journaliste serait sous le coup de nouvelles poursuites judiciaires.
Arrêtée le 7 avril, Shaghaiegh Abolfazeli, journaliste du mensuel Sinema-ye Jahan, est libérée quelques heures plus tard. Elle affirme avoir été maltraitée et insultée. Les raisons de son interpellation ne sont pas connues.
Mi-avril, Masomeh Alinejad, du quotidien Hambastegi, Mohammad Naimpour, directeur du quotidien Yas-e no, Reza Monsaref, directeur du bimensuel Ava-ye Maku, M. Sajadi, rédacteur en chef du quotidien Tosseh, Mohammed Mirdamadi, directeur du quotidien Norouz, et Mohsen Sazgara, directeur du site d’informations Alliran, sont convoqués par le tribunal 1410 dit "tribunal de la presse".
En mai, onze journalistes, dont de nombreux spécialistes de la presse cinématographique, sont convoqués par la justice. Golamreza Moussavi, rédacteur en chef du mensuel Sinema-ye Jahan, Ali Moalem, rédacteur en chef du mensuel Donya-ye Tasvir, Feridon Jerani, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Sinema, Payam Fazlinejad, journaliste du mensuel Gozaresh-e Film, Mohammad Hadi Karimi, directeur de Sinema, Alireza Bazel, journaliste et traducteur du quotidien Hayat-e Now, Houshang Golmakani, journaliste du mensuel Film, Houshang Asadi, journaliste de Gozaresh-e Film, Noushabeh Amiri, rédactrice en chef de Gozaresh-e Film, Khosrow Dehghan, président de l’association des écrivains et critique de cinéma, et Ibrahim Nabavi, collaborateur de plusieurs journaux réformateurs, ont été convoqués par Adareh Amaken, une section de la police téhéranaise considérée comme proche des services de renseignements. On leur reproche notamment de détenir et d’avoir vendu des films vidéo jugés "immoraux".
Fin mai, le Conseil suprême de la sécurité nationale, dirigé par le président Mohammad Khatami, interdit à la presse de publier une lettre critique signée par plus de cent députés réformateurs. Adressée au Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, la lettre réclame qu’il mette fin à sa résistance aux réformes, faute de quoi la République islamique serait menacée. Selon les signataires, "la plupart des gens sont mécontents ou déçus, la plupart des intellectuels se taisent ou émigrent, toutes les réserves financières quittent le pays, encerclé de toutes parts par les forces étrangères". Aucun journal iranien ne reproduit la lettre, rendue publique le 24 mai. Celle-ci n’a pu être consultée que sur le site réformateur Rouydad et celui de l’agence de presse estudiantine ISNA avant d’en être retirée quelques heures plus tard. Cette lettre est aujourd’hui uniquement consultable sur des sites persans basés à l’étranger.
Le 10 juin, le quotidien Kayhan, principal organe des extrémistes islamistes, ne paraît pas dans les kiosques. Quelques jours auparavant, Saïd Mortazavi, nouveau procureur de Téhéran, avait infligé un jour de suspension à cette publication pour avoir assimilé les députés (dans leur majorité réformateurs) à des "vaches". Le groupe de presse Kayhan, qui édite des dizaines de publications conservatrices, est sous le contrôle du Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, et proche des services secrets.
Le 12 juin, alors que de nouvelles manifestations se tiennent autour de la cité universitaire de Téhéran, le Haut Conseil de la sécurité nationale interdit l’entrée du campus à la presse. Plusieurs journalistes des agences ILNA et ISNA, dont Abolfazl Fateh, directeur d’ISNA, sont frappés. Certains, qui se sont vu confisquer leur appareil photo, sont interpellés quelques heures. Les appareils photo ne leur ont pas été restitués. Jusqu’au 12 juin, les journalistes avaient pu couvrir les manifestations à peu près normalement.
Début juillet, des dizaines d’antennes paraboliques sont saisies à Téhéran, en particulier dans les quartiers qui ont été le théâtre de troubles. Lors des manifestations du 10 au 20 juin, les télévisions satellitaires émettant en persan depuis les Etats-Unis (en majorité contrôlées par les monarchistes) avaient appelé les Iraniens à descendre dans la rue. En saisissant ces paraboles, les autorités veulent empêcher de nouvelles manifestations le 9 juillet, date anniversaire des manifestations étudiantes de 1999, qui avaient duré trois jours et avaient été violemment réprimées. Le commerce et la possession d’antennes paraboliques sont interdits en Iran mais, selon les autorités, il en existerait plusieurs millions sur le territoire. Pour lutter contre l’influence des télévisions satellitaires iraniennes mais également occidentales, les autorités utilisent un système de brouillage à Téhéran.
Entre mi-juillet et mi-août, Reporters sans frontières a recensé plus de cinquante convocations de journalistes par la justice dont :
Le 13 juillet, Javad Alizadeh, caricaturiste du mensuel Tanz, est convoqué par la chambre 1083 du parquet de Téhéran.
Le 27 juillet Mortaza Lotfi, du quotidien Kar va Karegar, est convoqué par le tribunal de Téhéran pour répondre à 17 plaintes.
Le 28 juillet, Mostafa Karazi, directeur du quotidien Sada-ye Edalat, est convoqué et mis en examen sur une plainte du procureur de Téhéran.
Le 30 juillet, Mahnaz Hovida, directeur de l’hebdomadaire régional Raizan Javan, est convoqué par le service du procureur de Téhéran, Saïd Mortazavi.
Le 3 août, Ahmad Nabavi, directeur de l’hebdomadaire Nada-ye Eslahat, est condamné par le tribunal de la ville de Arak, à trois ans de suspension d’activité professionnelle, et une amende de 7 millions de rials (environ 700 euros). Le rédacteur en chef du journal, Ma’soud Moradi Bastani, est condamné à six mois de prison avec sursis, cinq ans de suspension d’activité professionnelle, un million de rials (environ 100 euros) d’amende et six coups de fouet. Moharam Berati, journaliste de Nada-ye Eslahat, est condamné à trois ans de suspension d’activité professionnelle et 80 000 rials d’amende (environ 8 euros). Tous trois sont accusés de "diffamation" et de "publications mensongères".
Le 9 août, l’hebdomadaire Nahmeh-ye Ghazvin est interdit pour "promotion de la dépravation et publication de mensonges". Le premier numéro avait également été suspendu et son directeur, Ali Shahrouzi, avait été accusé lors de la première suspension "d’attenter à la réputation des personnalités politiques et religieuses et de saper les organisations officielles".
Le même jour, quatre personnes sont condamnées à des peines de prison après la publication de deux livres sur les femmes. Banafsheh Samghis, qui a rendu compte des deux ouvrages dans les journaux, est condamnée à un an de prison avec sursis, ainsi que le directeur de la maison d’édition et les deux femmes écrivains.
Le 12 août, Abdollah Nasseri, directeur de l’agence nationale de presse IRNA, est convoqué par la 3e chambre du tribunal de Téhéran pour publication du discours du député de Téhéran, Mohsen Armin, sur l’assassinat de la photojournaliste Zahra Kazemi.
Le 13 août, Ali Reza Alavitabar, un des responsables du site Internet Emrouz, est convoqué par le tribunal de Téhéran.
Le 17 août, Mostafa Kovakabian, directeur réformateur du quotidien Mardomsalari, est convoqué et mis en examen pour trois accusations sur des articles publiés sur l’affaire Kazemi et sur Hossein Khomeyni, petit-fils de l’ayatollah Rouhollah Khomeyni..
Le 18 août, Gholi Shikhi, directeur du quotidien réformateur Tosseh est convoqué quatre fois consécutivement par le tribunal de Téhéran pour quatre dossiers différents.
Le même jour, Mostafa Nassehi, directeur de l’hebdomadaire Tabarestan (suspendu), est convoqué et jugé par la 6e chambre du tribunal de Téhéran pour "propagande contre le régime, insultes contre les responsables du régime, et publication de fausses nouvelles". Dans ses derniers numéros, Tabarestan avait publié des articles sur les dysfonctionnements du système judiciaire et les pratiques de la torture dans les prisons iraniennes.
A partir du 22 août, Amir Reza Nourisadeh, collaborateur des journaux Mosigi Magam et Sinema-ye Jahan, est obligé de se présenter quotidiennement au poste de police. Le même jour, c’est au tour de Mohammad Javad Roh, de Yas-e no, d’être convoqué et libéré sous caution.
Le 27 août, Mohammad Naimpour, directeur du quotidien Yas-e no, est convoqué par le parquet de Téhéran pour 25 chefs d’accusation. Les plaintes ont été déposées par les Gardiens de la Révolution, l’organisation administrative des prisons et le procureur de Téhéran, pour "diffamation envers les autorités", "atteinte à la sécurité nationale" et "publication de document de propagande contre le régime". Il est relâché après le versement d’une caution de 700 millions de rials (environ 70 000 euros).
Le 28 août, Mohammad Javad Roh, du quotidien Yas-e no, est convoqué et interrogé par la 3e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran pour "insultes au régime" et "publication de fausses nouvelles". Il est libéré le jour même après paiement d’une caution de 100 millions de rials (environ 10 000 euros), dans l’attente de son procès.
Fin août, plusieurs journalistes, dont Amir Reza Nourizadeh, des mensuels Musighi-ye Magham et Sinema-ye Jahan, sont convoqués par Adareh Amaken, une section de la police habituellement chargée des délits à caractère moral.
Le 1er septembre, Mostafa Sabti, directeur de l’hebdomadaire Gorgan Emrouz, est condamné par la 1ère chambre d’accusation du tribunal de Gorgan (nord de l’Iran), pour "publication mensongère troublant l’opinion publique" et "diffamation envers les autorités", à 91 jours de prison ferme et quatre mois avec sursis. La peine de prison avec sursis peut être commuée en une peine de prison ferme à tout moment et ce pendant trois ans. Le journaliste reste en liberté provisoire en attendant son procès en appel.
Le 6 septembre, Lotfollah Missami, directeur du mensuel Cheshmeh Andaz-e Iran, est convoqué par la 3e chambre du tribunal général de Téhéran pour "publications mensongères troublant l’opinion publique" et "diffamation". Il est libéré après paiement d’une caution de 1 milliard de rials (environ 100 000 euros).
Le 21 septembre, Eskandar Deldam, de l’hebdomadaire Tabarestan, aujourd’hui suspendu, est convoqué par la 6e section des services du procureur, suite à un article satirique sur la radio-télévision iranienne, dépendant directement du Guide de la République islamique, Ali Khamenei. Il est relâché le même jour.
Le 27 septembre, Keyvan Zargari, caricaturiste du quotidien Yas-e no, est convoqué et libéré le jour même, sous caution.
Le 28 septembre, une journaliste collaborant à la presse réformatrice, Fariba Davoudi Mohajer, est condamnée par le tribunal révolutionnaire de Téhéran, en raison de ses écrits et de sa signature d’une pétition pour la libération de prisonniers, à trois ans de prison avec sursis pour "atteinte à la sûreté de l’Etat" et "propagande contre le régime". Elle est remise en liberté.
Entre le 1er et le 7 octobre, les directeurs des quotidiens réformateurs Yas-e no, Sharq, Hambastegi et Baharaneh sont convoqués par le tribunal de Téhéran, sur plainte du parquet et de son procureur Saïd Mortazavi.
Dans la semaine du 13 octobre, l’hebdomadaire Avay-e Kordestan est interdit par le tribunal révolutionnaire de Sanandaj (province kurde).
Le 18 octobre, Mohammad Naimpour, directeur du quotidien Yas-e no, est convoqué par la 6e chambre du tribunal de Téhéran.
Le même jour, Elias Hazrti, directeur du quotidien E’temad, est convoqué par le tribunal de Téhéran pour "sabotage dans l’union nationale".
Le 23 octobre, Gholam Reza Sadeghian, du quotidien Kayhan, est convoqué par la 3e chambre du tribunal général de Téhéran, "pour diffamation" et "publications mensongères". Il est libéré le jour même sous caution, après un interrogatoire. Le journaliste avait signé un article sur un trafic de matériel médical usagé ayant contaminé 80 personnes.
Le 29 octobre, Manuchehr Tavakoli, directeur du mensuel Niki, est condamné par le tribunal révolutionnaire de Téhéran pour publication d’articles et de photographies "immorales".
Le 5 novembre, Issa Sahakhiz, directeur du mensuel Aftab, est convoqué par la 1re chambre du tribunal général de Téhéran, pour publication dans le numéro 28 de son journal, d’un article considéré comme une "insulte envers l’ayatollah Khomeyni". Cet article était tiré de la traduction d’un article d’un journal israélien qui portait sur la révolution islamique de 1979.
Le 10 novembre, Majid Ghassemi Fizabadi, directeur du quotidien Nassim-e Sabah, est jugé par la 3e chambre du tribunal général de Téhéran, pour "diffamation" et "publications mensongères troublant l’opinion publique". Le journal avait publié le rapport de la commission de l’article 90 sur l’affaire Kazemi.
Le 18 novembre, l’hebdomadaire Aban est suspendu par la commission de vérification et d’autorisation de la presse pour "publication irrégulière". Aban avait été l’un des vingt journaux suspendus en 2000 suite à la vague d’interdictions qui a frappé la presse réformatrice. En 2001, il avait été à nouveau autorisé à reparaître. Dans son dernier numéro, il avait publié deux articles sur le prix Nobel de la paix 2003, décerné à Shirin Ebadi.
Abdel Kareem Nabil Suleiman, plus connu sous le nom de plume Kareem Amer, a été arrêté, le 6 novembre 2006, pour des articles publiés sur son blog.