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Reporters Sans Frontières

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Italie - Rapport annuel 2002

Publié le 25 avril 2002

La question de l’information se pose de façon inédite dans l’Italie de l’après-guerre, après la victoire, aux élections législatives du 13 mai 2001, de la coalition de centre droit menée par Silvio Berlusconi. Première fortune d’Italie, Silvio Berlusconi contrôle, par l’intermédiaire de sa holding Fininvest, le premier groupe de télévision privé italien Mediaset, fort des trois principales chaînes privées nationales. Il est, par ailleurs, en mesure d’exercer, comme chef de l’exécutif, une autorité indirecte sur les médias audiovisuels publics, les membres du conseil d’administration de la RAI, nommés par les présidents des deux Assemblées, étant majoritairement proches de la coalition au pouvoir. Ce conseil désigne le président et le directeur général de la télévision publique. Un simple usage veut jusqu’à présent que certains postes de responsabilités dans les trois chaînes publiques soient attribués à des représentants de l’opposition, dans des proportions d’ailleurs variables pour la RAI 1, la RAI 2, et la RAI 3. Silvio Berlusconi demande, le 10 mai 2001, que soit mis au point un plan de réorganisation de la structure de contrôle du holding Fininvest, pour résoudre le conflit entre ses intérêts dans le groupe Mediaset et sa fonction de chef de l’exécutif. Un projet de loi est présenté fin septembre par le gouvernement. Il prévoit notamment la création d’une autorité de tutelle chargée de vérifier si les responsables gouvernementaux prennent dans leurs fonctions des décisions favorisant leurs propres intérêts ou ceux de leurs proches.

Le projet de loi, jugé insuffisant de l’avis de nombreux observateurs, doit être discuté en janvier 2002 par la Chambre des députés et sa commission des affaires constitutionnelles.

Journalistes agressés

Le 18 juillet 2001, une lettre piégée adressée à Emilio Fede, directeur du journal télévisé de la chaîne nationale TG4, qui appartient au groupe Mediaset de Silvio Berlusconi, explose dans les mains d’une secrétaire, qui n’est que très légèrement brûlée.

Le 22 juillet 2001 dans la nuit, la police investit par la force les différents bâtiments hébergeant à Gênes les associations antimondialisation, et des membres d’Indymedia, un réseau de médias contre la globalisation, venus couvrir le sommet du G8 et le contre-sommet antimondialisation. Les locaux avaient été mis à leur disposition par la municipalité de Gênes. Les correspondants du quotidien italien Il Manifesto, du magazine Carta, de la radio GAP, et d’autres journalistes travaillaient également dans ces locaux. Selon plusieurs témoignages, la descente de police est extrêmement violente et de nombreux blessés sont évacués vers les hôpitaux. Le matériel informatique est soit confisqué, soit détruit. Des appareils photo sont confisqués. Cette intervention a mobilisé de très nombreuses unités de police, dont plusieurs hélicoptères. Un journaliste britannique, Mark Covell, travaillant pour Indymedia, est grièvement blessé par les forces de police lors de cette intervention. Au moins quinze autres journalistes sont sérieusement blessés par les forces de l’ordre ou par des émeutiers. Domenico Affinito, journaliste de la radio CNR et membre du conseil directif de Reporters sans frontières-Italie, est frappé par la police. Lorenzo Guadagnucci, journaliste du quotidien Il Resto del Carlino, est également frappé par la police et arrêté pendant l’assaut contre le centre de presse. Il est hospitalisé avec un bras fracturé et une blessure à la tête. Massimo Alberti, journaliste de radio Onda díUrto et de radio GAP, est frappé par la police. Ses lunettes sont cassées, lui causant des blessures au visage. Il est gardé à vue plusieurs heures sans être soigné. Les journalistes Lorenzo Guadagnucci et Enrico Fletzer, de Radio K de Bologne, sont eux aussi brutalement frappés par la police. Sonia Fedi, cameraman de la télévision commerciale Mediaset, est, quant à elle, frappée par des émeutiers du groupe des "Black blocs". Elle est hospitalisée avec une fracture à la jambe. Kerstin Wagenschein, journaliste allemande travaillant pour le quotidien Junge Welt à Berlin, est par ailleurs arrêtée, et détenue à la prison de Voghera (au nord de Gênes) dans l’attente d’une décision du juge. Le 22 juillet, quatre journalistes signent une déposition devant le magistrat Francesco Pinto pour témoigner de violences lors de l’assaut de la police au centre de presse du mouvement antimondialisation : le journaliste Luca Tomassini de l’agence Digipress, le cameraman français Philippe Blanchard, le président de l’Ordre des journalistes de Ligurie, Attilio Lugli, et le chef du syndicat des journalistes ligures, Marcello Zipola. Le 8 août, le chef de la police italienne reconnaît les débordements de la police. Le 13 août, le parquet de Gènes ouvre une enquête sur la descente de police à la caserne de Bolzaneto, et l’agression du photographe Alfonso Di Munno, insulté et frappé par la police alors qu’il couvrait les événements.

Pressions et entraves

Le 29 mars 2001, en pleine campagne électorale, le député Maurizio Gasparri, d’Alleanza Nazionale, parti membre de la coalition dirigée par Silvio Berlusconi, désigne nommément, au cours d’une interview télévisée, trois journalistes et une rédaction de la RAI (TG3) comme devant être prioritairement sanctionnés en cas de victoire du centre droit aux élections.

Avant l’ouverture du sommet européen de Gand (Belgique) le 18 octobre, Silvio Berlusconi déclare aux journalistes : "Je ne vous fais plus confiance. Vous ne m’aurez plus pendant les quatre ans qui viennent", faisant allusion à la tempête de protestions provoquée fin septembre par ses propos sur la "supériorité " de la civilisation occidentale, qu’il accuse la presse d’avoir déformés.

Fin octobre, le ministre de la Communication, Maurizio Gasparri (Alleanza Nazionale), met son veto à la vente par la Rai de 49 % de sa filiale Rai Way, qui gère le réseau de retransmetteurs, au groupe américain Crown Castle. Le 14 novembre, la télévision publique italienne décide d’attaquer en justice le veto opposé à la cession d’une de ses filiales par le gouvernement, jugeant que cette décision vise à protéger de la concurrence le groupe de télévision privé Mediaset, contrôlé par la holding Fininvest de Silvio Berlusconi.

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