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Reporters Sans Frontières

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Russie

Publié le 1er février 2007

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La Russie a été confrontée à des assassinats de journalistes - dont le plus choquant a sans doute été celui d’Anna Politkovskaïa - résultats de la dissémination de la violence dans la société et de l’impunité dont jouissent les auteurs de ces crimes. Les rachats de médias continuent également de faire peser une sérieuse menace sur le pluralisme de l’information et la liberté d’expression dans le pays.

Trois journalistes ont été assassinés en 2006, portant à vingt et un le nombre de professionnels des médias tués pour avoir exercé leur activité depuis l’élection du président russe Vladimir Poutine, le 26 mars 2000.

L’assassinat d’Anna Politkovskaïa, le 7 octobre 2006 à son domicile de Moscou, a soulevé une vague de protestations internationale, émanant tant d’organisations intergouvernementales, de l’Union européenne, que d’ONG. La journaliste russe, dont le travail et le courage étaient salués mondialement, collaborait au bihebdomadaire Novaïa Gazeta. Elle dénonçait depuis de nombreuses années la mauvaise situation en Tchétchénie, mais également la dégradation des libertés publiques et la corruption dans l’ensemble de la Fédération russe. Le procureur général, Youri Tchaïka, a été personnellement chargé de l’investigation. De nombreuses pistes ont été examinées, mais l’inquiétude demeure que l’enquête n’aboutisse pas, comme cela a été le cas dans la grande majorité des assassinats de journalistes en Russie.

Le corps d’Evguéni Guerassimenko, journaliste de l’hebdomadaire régional Saratovski Rasklad, a été découvert par sa mère dans son appartement, le 26 juillet. Sa tête était enveloppée dans un sac plastique et son corps portait des traces de torture. Le 30 octobre, la piste professionnelle a été écartée par la justice. Le tribunal de Saratov a condamné un sans domicile fixe, Serguei Finogueev, à 18 ans de prison pour le crime. Etant donné les recherches menées par le journaliste sur la corruption des entreprises locales, il faut espérer que la piste professionnelle n’a été écartée qu’après toutes les vérifications nécessaires.

Le 26 février, le correspondant de la chaîne NTV, Ilia Zimine, a été retrouvé mort dans son appartement à Moscou. Il était âgé de 33 ans. Le journaliste réalisait une enquête sur les conditions d’hygiène dans les restaurants de luxe de la capitale. Il travaillait notamment en caméra cachée. Le procureur de Moscou n’a pour l’instant pas établi de lien entre le meurtre d’Ilia Zimine et ses activités professionnelles. Ces crimes ont suscité de nouvelles manifestations pour réclamer la fin des violences à l’égard des professionnels de l’information et le respect de la liberté de la presse. Le 21 juin et le 15 décembre, plusieurs centaines de personnes se sont réunies autour de mots d’ordre comme “La censure aujourd’hui, la prison demain ! A bas la télévision unipartite !”. Des lectures des noms des journalistes morts en Russie depuis l’éclatement de l’Union soviétique en 1991 ont également eu lieu.

Un nouveau développement est intervenu dans le procès des assassins présumés de Paul Klebnikov, rédacteur en chef de la version russe du magazine Forbes, tué par balles le 9 juillet 2004. Le 9 novembre 2006, la Cour suprême a cassé le verdict d’acquittement des trois accusés, Fail Sadretdinov, Moussa Vakhaev et Kazbek Doukouzov. Tous trois avaient été innocentés lors du procès en première instance, le 10 janvier 2006. L’affaire doit désormais être réexaminée par un tribunal de Moscou, permettant peut-être l’ouverture des audiences au public. Ce qui n’a pas été le cas jusque là.

Des concentrations préjudiciables au pluralisme

Gazprom, conglomérat gazier, extrêmement proche du Kremlin (actionnaire principal) a acquis, via sa filiale “médias” de nombreux titres dont le quotidien Kommersant, considéré comme l’un des derniers fleurons de la presse indépendante. Il a été racheté le 31 août 2006 par Alicher Ousmanov, un magnat de la métallurgie, également dirigeant d’une des filiales de Gazprom. Le 21 novembre, l’entreprise déclarait avoir l’intention d’acquérir d’ici au mois de janvier 2007 le plus grand quotidien du pays, Komsomolskaya Pravda (2,1 millions de lecteurs quotidiens).

La pression qui s’exerce en régions, là où la concentration des pouvoirs économique et politique est la plus forte, est telle que la latitude d’actions des journalistes y est encore moindre qu’à Moscou. En plus de la mort d’Evguéni Guerassimenko (région de Saratov), au moins cinq journalistes travaillant en province ont été agressés et une autre, Elina Ersenoeva, a disparu en Tchétchénie. La République du Caucase demeure un “trou noir de l’information”. Cela n’a pas empêché le président russe de déclarer que la république indépendantiste “était complètement revenue sous l’égide de la Constitution russe”.

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