Publié le 2 mai 2005
31 janvier 2010 - Appel au président Mahinda Rajapaksa pour faire cesser la répression post électorale
26 janvier 2010 - Des sites Internet bloqués à quelques heures des résultats
26 janvier 2010 - Propagande à outrance et intimidations à la veille de l’élection présidentielle
La scission entre le LTTE et un groupe dirigé par le chef de guerre Karuna a provoqué une vague de violence à partir de mars 2004 dont les journalistes ont fait les frais. Le LTTE avait prévenu : « Pour sauver notre nation et notre peuple, il a été décidé de débarrasser notre sol de Karuna. » La terreur s’est installée dans l’est de l’île où Karuna a de nombreux partisans. Ces derniers seraient les auteurs du meurtre, le 31 mai, d’Aiyathurai Nadesan, correspondant à Batticaloa de plusieurs médias tamouls. Quelques semaines auparavant, il avait déclaré à Reporters sans frontières : « Nous sommes toujours pris entre plusieurs feux. Il est très dur de vérifier nos informations auprès des forces de sécurité et des Tigres tamouls. Et quand un article sur l’actualité locale est publié depuis Colombo, nous risquons des représailles sur le terrain. » Il est le premier journaliste sri lankais assassiné depuis octobre 2000.
Une quinzaine d’autres reporters ont été menacés de mort par l’une des deux factions. Un certain nombre d’entre eux ont été obligés de s’exiler à Colombo ou en Europe.
Les rédactions réputées proches du LTTE ont été les cibles des hommes de Karuna, de la milice tamoule progouvernementale EPDP et des forces de sécurité. Ainsi, en mars, le quotidien en tamoul Thinakkural a été menacé de représailles par Karuna et des milliers d’exemplaires du journal ont été brûlés dans l’est du pays.
Dharmaratnam Sivaram, responsable du site d’informations tamilnet.com, hostile au schisme de Karuna, a quant à lui été victime de menaces de groupes armés tamouls mais également des forces de sécurité. Son domicile a été perquisitionné sans mandat à deux reprises.
En novembre, un officier des services secrets de Jaffna (Nord) a interpellé Velupillai Thavachelvam du quotidien en tamoul Virakesari : « Des gens comme toi ont eu beaucoup de liberté sous le gouvernement de Ranil (…) mais maintenant, la Présidente dirige et nous pouvons faire ce que nous voulons. » Enfin, des journalistes tamouls ont été menacés par des représentants de groupes armés tamouls en Australie, au Canada et au Royaume-Uni pour leur couverture de la situation dans l’île.
A la suite de ces violences, les journalistes ont davantage pratiqué l’autocensure, plus particulièrement les correspondants des médias nationaux dans le Nord et l’Est, peu protégés par leurs rédactions. Les services en tamoul et en cingalais de la BBC World Service ont ainsi cessé de diffuser les reportages de leurs correspondants dans l’Est, par peur des représailles.
Ces violences ont mis en péril le processus de paix. Après que le ministre des Médias avait reconnu que des membres de l’armée sri lankaise avaient aidé le groupe de Karuna, le LTTE a exploité ces connivences pour revenir sur ses engagements dans le processus de paix.
Le LTTE intolérant à la critique
Les Tigres tamouls nient systématiquement toute violation des droits de l’homme. Leur chef politique, S. P. Tamilselvam, a déclaré à Reporters sans frontières que la « liberté de la presse était respectée » dans les territoires contrôlés par son mouvement. Si les journaux en tamoul circulent à peu près librement, et si les publications du LTTE sont distribuées sans entraves majeures dans les zones contrôlées par le gouvernement de Colombo, en revanche, le LTTE a entravé la distribution de l’hebdomadaire en tamoul Thinamurasu proche d’un autre groupe armé, l’EPDP. Malgré l’intervention des médiateurs norvégiens en charge de surveiller le cessez-le-feu, le LTTE a poursuivi son harcèlement. Le directeur de Thinamurasu a expliqué à Reporters sans frontières : « On paie le prix de notre indépendance. Le LTTE attend de tous les médias tamouls qu’ils ne parlent pas de ses exactions. Ceux qui n’obéissent pas sont harcelés. » Le 16 août, Kandasamy Iyer Balanadarajah, journaliste de Thinamurasu, a été abattu à Colombo. Tout le monde a montré du doigt le LTTE, mais des dirigeants du mouvement ont affirmé à Reporters sans frontières que le journaliste s’apprêtait à quitter l’EPDP et le pays. Il aurait été tué par ses compagnons de la milice progouvernementale.
Certains journalistes musulmans - la troisième communauté du pays qui revendique sa place dans les négociations de paix - sont également victimes de pressions de la part du LTTE. « Couvrir les activités des Tigres tamouls est une affaire risquée pour les journalistes de province. Nous ne pouvons pas attaquer directement le LTTE. Pour survivre, nous devons leur donner de l’espace dans notre journal », a expliqué M. P. Azar, directeur de l’hebdomadaire Navamani, basé dans l’est du pays.
La division ethnique de la presse - le cingalais et le tamoul sont des langues très différentes - a des effets négatifs pour la liberté d’expression. Récemment, l’organisation non gouvernementale Centre for Policy Alternatives constatait : « Beaucoup de journaux perçoivent l’ethnicité comme immuable et innée. (…) Les médias du Sri Lanka exacerbent les tensions communautaires et ethniques en jouant continuellement sur les émotions nationalistes et religieuses de la population. » Les stéréotypes et la manipulation sont fréquents dans la couverture des tensions entre musulmans, Tamouls et Cingalais. Ainsi, lors de la campagne électorale de mars et avril, certains discours de candidats du parti extrémiste bouddhiste Jathika Hela Urumaya (JHU) ont été reproduits, notamment par le quotidien Lankadeepa, sans aucun commentaire alors qu’ils contenaient des attaques racistes contre les Tamouls et les musulmans.
La Présidente hostile aux médias indépendants
La violence a également été dirigée contre la presse lors de la campagne pour les élections législatives d’avril, remportées par la coalition dirigée par Chandrika Kumaratunga. Une grenade a été lancée sur le domicile du directeur général du groupe audiovisuel Asian Broadcasting Corporation, à Colombo. Le groupe est en conflit avec le ministre des Médias, Lakshman Kadirgamar, qui avait annulé, en février, la licence d’exploitation de la chaîne hertzienne que le groupe comptait inaugurer quelques semaines plus tard. Au même moment, la police sri lankaise a effectué une perquisition des locaux de l’hebdomadaire The Sunday Leader dans la capitale. Cet hebdomadaire privé est connu pour ses enquêtes. Enfin, une équipe de la chaîne de télévision Young Asia Television a été attaquée par des partisans du Jathika Hela Urumaya (parti extrémiste bouddhiste) à Kandy (centre du pays).
L’administration du Premier ministre Mahinda Rajapakse a par ailleurs bloqué les enquêtes sur des assassinats de journalistes. En octobre, le père de Nimalarajan, correspondant de la BBC World Service à Jaffna, a fait un constat d’échec, quatre ans après la mort de son fils : « Son souvenir ne s’est pas effacé et ses proches sont toujours traumatisés par ce qui s’est passé à Jaffna. (…) Tous les éléments en notre possession indiquent que le parti tamoul progouvernemental EPDP est impliqué dans ce meurtre. Pourquoi l’enquête est-elle bloquée ? La tenue d’un procès serait un immense soulagement pour toute notre famille. »
En effet, le juge de Jaffna en charge de l’affaire n’a reçu, en 2004, aucune instruction du bureau du procureur général bien que le rapport final d’enquête de la police criminelle lui ait été transmis en avril. Par ailleurs, la police n’a pas examiné les douilles et les restes d’une grenade offensive retrouvés sur les lieux du crime, ni les empreintes retrouvées sur une bicyclette laissée près du domicile du journaliste par les assassins. Et tous les suspects sont en liberté.
Dans le cas de Rohana Kumara, directeur de l’hebdomadaire en cingalais Satana (La Bataille) assassiné en septembre 1999, des membres ou des hommes proches de la Division de la sécurité présidentielle ont continué à empêcher que toute la lumière soit faite en protégeant des commanditaires visiblement haut placés. En janvier, Dhammika Amarasinghe, suspecté d’avoir tué, en 2001, l’assassin présumé de Rohana Kumara, a été exécuté à son tour, dans un couloir du palais de justice de Colombo, par un déserteur de l’armée. Et depuis plus de cinq ans, la police repousse la clôture de l’enquête et son transfert à la justice.
Enfin, Chandrika Kumaratunga a repris le contrôle des médias publics. En juin, le nouveau ministre des Médias, Mangala Samaraweera, proche de la Présidente, a déclaré d’emblée que le rôle des médias d’Etat était d’attaquer le principal parti d’opposition. L’Union européenne venait d’indiquer que la télévision d’Etat avait consacré 68 % de sa couverture des élections législatives à l’Alliance dirigée par Chandrika Kumaratunga.
Bilan 2004
2 journalistes tués
9 journalistes agressés
26 journalistes menacés
3 médias saccagés
Avant et pendant les Jeux olympiques de Pékin 2008, des dizaines de journalistes, blogueurs, militants des droits de l’homme chinois ont été arrêtés, placés en résidence surveillée ou expulsés de Pékin. Les JO sont terminés, nous demandons la libération de ceux restés dans les geôles chinoises !