Publié le 1er février 2007
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Le pays dirigé depuis 1980 par l’octogénaire Robert Mugabe est l’un des plus féroces du continent pour les journalistes. Surveillances, menaces, incarcérations, censures, chantages, abus de pouvoir, dénis de justice, tout est bon pour contrôler l’information. A tel point que la justice zimbabwéenne, de plus en plus jalouse de ses prérogatives et lasse de n’être pas respectée, a commencé à désavouer le gouvernement et ses agences.
Le contrôle absolu de l’information, coûte que coûte, est manifestement une obsession du président zimbabwéen Robert Mugabe. Depuis 2002, après avoir fait adopter une des lois les plus kafkaïennes du continent pour réprimer la presse, fait fermer le quotidien le plus populaire du pays et ordonné le brouillage des radios d’opposition, le gouvernement zimbabwéen n’a jamais relâché la pression contre les dernières voix indépendantes du pays. Grâce au redoutable instrument qu’est la Commission des médias et de l’information (MIC), la répression s’est abattue en 2006 sur les hebdomadaires privés Zimbabwe Independent, Financial Gazette (FinGaz) et la radio privée Voice of the People (VOP). Les services de renseignements se sont chargés de toutes les autres formes d’injustice subies par les journalistes zimbabwéens.
Interminable bras de fer
Conformément à ses statuts, la MIC, organe de régulation des médias étroitement contrôlé par le pouvoir, procède chaque année au réexamen des licences des journaux et des accréditations des journalistes. Quitte à se servir du chantage. Dès la deuxième semaine de janvier 2006, la MIC a ainsi menacé de suspendre l’autorisation de publication de la FinGaz, si le journal ne publiait pas un démenti de l’article paru la semaine précédente, relatant comment la Commission, après avoir accepté d’accorder une licence au propriétaire du quotidien disparu Daily News, avait finalement cédé aux pressions des services de renseignements pour revenir sur sa décision. De même, le 2 février, la MIC a finalement renouvelé les accréditations des journalistes du Zimbabwe Independent, seulement après avoir obligé le journal à publier le démenti d’un article paru l’année précédente.
Le souci premier de la MIC, présidée à vie par Tafataona Mahoso, un vieux compagnon de route du chef de l’Etat, est manifestement autre chose que la publication de la vérité et la protection de journalistes. Son parti pris est notoire. Du reste, même la justice zimbabwéenne a reconnu que la Commission était incapable de trancher certaines affaires avec équité. Ainsi, le 8 février, la Haute Cour de Harare a annulé la décision de la MIC de refuser une licence de parution à la société éditrice du Daily News et de son supplément dominical, le Daily News on Sunday, interdit depuis 2003. Les avocats des journaux avaient saisi la justice, arguant que le président de la MIC avait refusé de se récuser en dépit d’un arrêt de la Cour suprême, en 2005, qui l’avait jugé, une première fois, de parti pris. Le juge de la Haute Cour de Harare a indiqué que la décision de la MIC avait effectivement été biaisée, notamment par l’influence des services de renseignements, et que la Commission devait par conséquent réexaminer la demande de licence des journaux. Forte de ses deux décisions de justice favorables, le 28 mars, la société éditrice des journaux a donc attaqué devant la Haute Cour le ministre de l’Information et de la Publicité, Tichaona Jokonya, afin de forcer le gouvernement à se prononcer sur l’autorisation de publication, à la place de la MIC, disqualifiée. Or, d’arguties juridiques en violations impunies de la loi, le gouvernement zimbabwéen a tout fait pour retarder le moment où il serait contraint de prendre une décision. Et, de fait, aucune décision n’a encore été prise.
La MIC a donc continué tranquillement à surveiller et punir les voix discordantes. “Demandes d’enquête” à l’encontre de tel ou tel journaliste, menaces de retrait de licence ou d’accréditation, dénonciations à la police, telles sont ses armes. Ainsi, dans la semaine du 3 octobre, la police a effectué une descente dans l’un des points de distribution du quotidien privé The Zimbabwean à Harare. Les agents de police ont emporté une copie de l’autorisation d’importation du journal, ainsi que des exemplaires de la semaine précédente. Le quotidien, l’un des derniers indépendants du pays, est publié au Royaume-Uni et imprimé en Afrique du Sud, contournant ainsi la législation draconienne sur la presse privée, dont la MIC est la chienne de garde sourcilleuse. La semaine précédente, le journal avait publié un article dans lequel des sources militaires avaient dénoncé des cas de corruption au sein de la police zimbabwéenne. Quelques jours plus tôt, le 1er octobre, Tafataona Mahoso, avait appelé le ministère de l’Information à enquêter sur le Syndicat des journalistes zimbabwéens (Zimbabwean Union of Journalists, ZUJ), estimant qu’il animait un “lobby anti-Zimbabwe”. Il affirmait posséder des documents faisant état d’une demande de fonds formulée par le ZUJ auprès de l’ambassade des Pays-Bas et à l’UNESCO. Au même moment, Tafataona Mahoso a également déposé une demande d’enquête sur le secrétaire de la ZUJ dans la province de Mashonaland West, Nunurai Jena, accusé de travailler pour la radio publique Voice of America (VOA), sans en avoir obtenu l’autorisation. Le 28 septembre, la Commission a enfin violemment critiqué l’antenne zimbabwéenne de l’organisation de défense de la liberté de la presse Media Institute of Southern Africa (MISA-Zimbabwe), qui soutient, selon elle, un “changement de régime”.
Résistance de la justice
Mais la justice zimbabwéenne résiste de plus en plus aux abus de pouvoir du gouvernement. Ainsi, le 25 septembre, le président du tribunal de Harare a décidé de refuser un troisième report du procès de la radio privée VOP demandé par l’accusation. “Cela devient un cirque”, a-t-il déclaré, avant de décider également d’abandonner les poursuites engagées contre les dix membres du directoire de la station. Arnold Tsunga, Millie Phiri, Isabella Matambanadzo, David Masunda, Nhlanhla Ngwenya, Lawrence Chibwe et John Masuku, sept d’entre eux avaient été arrêtés en janvier 2006 sous prétexte qu’ils “possédaient et utilisaient du matériel de transmission sans autorisation”. Maria Nyanyiwa, Takunda Chigwanda et Nyasha Bosha, employés de la radio, avaient été détenus pendant quatre jours en décembre 2005 après une perquisition par la police des bureaux de la radio.
Du coup, lorsque les voies purement légales ne sont pas suffisantes, le gouvernement zimbabwéen fait appel à l’armée, et notamment à la puissante Central Intelligence Organisation (CIO). Dans l’impossibilité de faire arrêter le personnel de VOP, basé à l’étranger, le gouvernement a ainsi ordonné, à partir de la deuxième quinzaine de juin, le brouillage des émissions de Studio 7, le programme de VOA destiné au Zimbabwe. Elles sont désormais parasitées par un “bruit de crécelle”, identique à celui qui couvre depuis février 2005 les émissions en ondes courtes de la station privée SW Radio Africa, basée à Londres, et celles de VOP, basée à Amsterdam, depuis septembre 2005. Selon les informations de Reporters sans frontières, ce brouillage a été rendu possible par la présence, à Harare, d’experts chinois invités pour former leurs homologues zimbabwéens aux télécommunications et aux radiocommunications dans le cadre des accords de coopération économique et technique signés entre les deux pays.
Depuis le 3 avril 2002, plus personne n'a de leurs nouvelles. Même leurs familles ne savent pas où ils se trouvent.