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Entre vieux réflexes et avancées démocratiques, la Roumanie peine à garantir aux médias un environnement respectueux des engagements pris lors de son adhésion à l’Union européenne. Bien que nécessaires, les réformes entreprises autour du droit des médias ont été réalisées sans concertation avec les principaux acteurs du secteur, réduisant considérablement les champs d’investigation et les libertés éditoriales. L’héritage de l’ancienne ère communiste n’a pas encore complètement disparu au sein de certains cercles de la classe dirigeante qui persistent à considérer la presse comme une courroie de transmission de l’information officielle.
Adopté le 25 juin 2008 par le Sénat, l’amendement à la loi sur l’audiovisuel entendait contraindre les télévisions et les radios à diffuser, à parts égales, des informations « positives et négatives ». Cassé par la Cour constitutionnelle, ce projet de réforme ubuesque témoigne à lui seul de la conception anachronique qu’une partie de la classe politique continue de se faire des médias. Celle-ci voit d’un mauvais œil l’émancipation de la presse nationale, et la mobilisation des ONG qui entendent profiter du nouvel espace de liberté garanti par l’adhésion à l’Union européenne.
Soucieux de maintenir un contrôle sur les médias audiovisuels traditionnellement plus influents, le gouvernement a procédé à la fin de l’année à de nouvelles mesures pour la régulation du marché numérique terrestre. Recourant à une procédure d’ordonnance en urgence, il a obtenu l’application de nouvelles directives lui laissant toute latitude pour l’octroi des licences et des fréquences numériques des futures chaînes de télévision. Le gouvernement devient ainsi le principal « gardien » de l’ensemble du marché audiovisuel, sans réel contre-pouvoir.
Plus inquiétant encore, le projet de réforme des codes pénal et civil, adopté en mars 2009 par le même gouvernement, remet en cause les fondements mêmes du journalisme d’investigation. Ce projet interdit la publication ou la diffusion du contenu des écoutes téléphoniques, ou encore l’utilisation de correspondances, écrits ou tous autres documents personnels mentionnant le domicile ou le numéro de téléphone des personnes citées dans un article, sans leur consentement préalable. Traitée dans le cadre d’une procédure d’urgence, sans concertation avec les acteurs du monde médiatique, la réforme fait peser de sérieuses menaces sur la liberté éditoriale des médias, et sur la possibilité d’enquêter sur des affaires judiciaires, ou des scandales politiques ou économiques.
La société civile roumaine mène campagne pour arrêter la multiplication des réformes qui replongeraient le pays dans des travers incompatibles avec les standards de l’Union européenne. L’ampleur de la contestation et la mobilisation du sérail médiatique pourraient faire reculer les velléités autoritaires de l’ancienne ère soviétique.
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