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Aucun changement majeur n’est venu altérer les tendances observées depuis une dizaine d’années : absence de pluralisme dans le secteur audiovisuel, harcèlement judiciaire contre les médias gênants, impunité des assassins de journalistes. Une ombre nouvelle est cependant venue s’ajouter au tableau : celle de la recrudescence des violences contre les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme dans le Caucase Nord.
Alors que la majeure partie de la population russe accède à l’information via la télévision, l’absence de pluralisme dans le secteur audiovisuel est criant. Des représentants de l’opposition ou certaines personnalités critiques du pouvoir sont tout simplement exclus des chaînes d’audience nationale.
Les assassinats et les attaques contre des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme, notamment dans le Caucase russe, font de la Russie l’un des pays les plus risqués pour les médias indépendants.
La situation s’est brutalement détériorée dans le Caucase Nord. L’assassinat, en août 2008, de Magomed Evloïev, propriétaire du site d’informations ingushetiyaru.org et leader de l’opposition à l’ancien président Mourat Ziazikov, a inauguré une terrible série noire. La mort de Stanislav Markelov et Anastassia Babourova, à Moscou, en janvier 2009, puis celle de Natalia Estemirova, la représentante de l’organisation non gouvernementale "Mémorial" à Grozny, le 15 juillet 2009, suivie de celle de Zarema Sadoulaïeva ont profondément marqué la communauté des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme qui suivent la situation au Caucase. Plusieurs médias ont d’ailleurs suspendu temporairement leurs activités dans la région. Le chef de l’Etat, Dmitri Medvedev, a d’ailleurs reconnu l’existence de meurtres politiques en Russie et admis que des journalistes figurent parmi les victimes de ces crimes impunis. Il s’est également engagé à promulguer une loi en faveur de l’activité des ONG.
Ces déclarations, aussi rassurantes soient-elles, ne sauraient compenser les cinq assassinats de journalistes qui ont émaillé une année 2009 particulièrement macabre, et qui expliquent, notamment, la perte de 12 places de la Russie, dans la version 2009 du classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Ces violences portent à vingt-deux le nombre de journalistes tués en raison de leur activité professionnelle en Russie depuis mars 2000.
Aucun progrès notable n’a été accompli dans l’enquête sur la mort d’Anna Politkovskaïa. Le procès en appel qui devait se dérouler au mois d’août a été suspendu, car l’ensemble des parties (famille de la journaliste, accusés, mais aussi le parquet) a sollicité que le dossier soit renvoyé pour complément d’enquête. Une décision que les lacunes de l’instruction en première instance, et les scandales ayant émaillé les débats, rendaient nécessaire.
Des médias et des journalistes, parmi les plus critiques, non seulement du régime actuel, mais également du passé soviétique, ont été la cible de procédures judiciaires en "diffamation". Outre les poursuites au pénal contre Oleg Orlov (Mémorial) pour avoir accusé le président tchétchène Ramzan Kadyrov, d’être responsable de la mort de Natalia Estemirova, une organisation de jeunesse nationaliste, les Nachi (Les nôtres) a porté plainte contre plusieurs titres russes (Ekho Moskvy..) et étrangers (Le Monde, The Independent, El Pais, le JDD) pour "atteinte à l’honneur". Le groupe pro-Poutine reproche à ces médias de s’être fait l’écho et de lui avoir attribué la campagne orchestrée contre le correspondant du service russe de RFI, et ancien dissident, Alexandr Podrabinek.
Celui-ci a dû entrer temporairement dans la clandestinité, après les violentes attaques lancées contre lui par les Nachi, suite à la publication d’un article consacré à la résurgence d’une idéologie stalinienne et à l’absence de travail de mémoire sur la période soviétique.
Le petit-fils de Joseph Staline, a lui aussi traîné devant les tribunaux le bihebdomadaire indépendant Novaya Gazeta et la radio Ekho Moskvy, pour avoir "porté atteinte à l’honneur" de son grand-père. Il a été débouté de sa première plainte.
L’histoire redevient donc un enjeu du débat social et politique et, même si l’une des conséquences directes en est l’accumulation de poursuites contre ceux qui osent aborder les questions qui fâchent, on ne peut que se réjouir de ce nouveau travail sur la mémoire de la Russie. Ainsi l’agence de presse Ria Novosti, la radio Ekho Moskvy et le quotidien Izvestia, ont lancé, fin 2009, un projet multimédia intitulé "Attention, Histoire", qui abordera spécifiquement les points d’histoire controversés en Russie.
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