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Malgré un changement législatif et des déclarations fortes du roi Abdallah II, la liberté d’expression en Jordanie est soumise à de nombreuses restrictions. La sacralité du monarque, la religion, mais également les institutions de l’Etat, et les hommes qui les dirigent, sont autant de « lignes rouges » pour les journalistes.
Obligés d’adhérer à l’Association de la presse jordanienne, contrôlée par l’État, les journalistes sont soumis à une étroite surveillance des services de renseignements. L’Etat demeure l’actionnaire majoritaire des plus grands titres de la presse et continue d’exercer une forte influence sur les principaux quotidiens du royaume (Al-Ra’i, Jordan Times, Al-Dustour). Début 2004, une brèche a été entrouverte dans le monopole de l’État sur la radio et la télévision, avec le démarrage d’une première chaîne de télévision généraliste privée.
Bien que les délits de presse aient été théoriquement dépénalisés en mars 2007, suite à un vote du Parlement modifiant la Loi sur la presse et les publications, les journalistes du royaume continuent à redouter la prison : plus de cent dispositions de la législation nationale (code pénal, loi d’exception et autres) permettent toujours d’envoyer un journaliste derrière les barreaux. Par ailleurs, cette dépénalisation des délits s’est accompagnée d’une hausse du montant des amendes prévues dans le code des publications pour délits de “diffamation“, “atteinte à la religion“, ou encore “publication d’informations susceptibles d’attiser les tensions ethniques et raciales“. Ces amendes peuvent atteindre 40 000 dollars. En outre, le vote de la loi sur l’accès à l’information, en 2007 également, n’a pas facilité le travail des journalistes, qui continuent à se heurter à des représentants de l’Etat toujours aussi peu enclins à communiquer sur leurs activités. Enfin, depuis 2007, les publications en ligne sont régies par la même loi que celle relative à la presse papier.
Malgré les déclarations encourageantes du roi Abdallah II en novembre 2008 en faveur de la liberté de la presse, dans lesquelles le monarque avait réaffirmé qu’aucun journaliste ne devait être emprisonné pour ses activités professionnelles, l’interprétation aléatoire de la loi par les tribunaux du pays constitue une des principales causes du caractère arbitraire des condamnations qui pèsent à l’encontre de la presse. Un climat de peur prévaut au sein de la profession. Aussi les journalistes et leurs rédacteurs en chef ont-ils tendance à limiter leurs propos et, en particulier, à éviter tout travail d’investigation susceptible de compromettre des hommes politiques.
Depuis 2009, un projet de loi visant à restreindre encore davantage la liberté d’expression, de réunion et d’association est à l’étude au Parlement. Un tel projet constitue une menace pour la liberté des médias dans le royaume hachémite.
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