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Depuis l’arrivée au pouvoir de Zine el-Abidine Ben Ali en 1987, aucune évolution notoire n’a été observée dans le domaine de la liberté de la presse. On assiste, au contraire, à un rétrécissement du champ des libertés depuis sa réélection en octobre 2009.
L’ouverture des secteurs de l’audiovisuel et de la presse écrite à des groupes privés avait porté quelques espoirs concernant la liberté d’information, mais les progrès dans ce domaine ne se sont pas concrétisés.
La quasi-totalité des médias est directement contrôlée par le gouvernement, ou appartient à des proches du Président. Les trois journaux d’opposition, liés à des partis politiques, ont bien du mal à surmonter les nombreux obstacles érigés par les autorités pour les affaiblir. Ils sont en quelque sorte un « élément de décor », permettant aux autorités d’afficher un pluralisme factice, contentant ainsi les alliés occidentaux de la Tunisie, qui font preuve d’une grande mansuétude à son égard. Le journal indépendant Kalima, dirigé par Sihem Bensedrine, n’a jamais reçu les autorisations nécessaires pour paraître. Il en est de même pour la télévision : la seule chaîne indépendante, El-Hiwar Ettounsi, interdite dans le pays, est accessible via le satellite. Certes, quatre stations privées partagent la bande FM avec neuf stations gouvernementales, mais elles appartiennent à des proches du Président. Et la seule radio indépendante, Kalima, est contrainte d’émettre sur Internet, depuis septembre 2008, après que ses locaux ont été occupés par la police.
Non contentes de contrôler la presse, les autorités sont passées maîtres dans l’art de surveiller la Toile. Les sites d’opposition sont filtrés, les cybercafés sont surveillés et l’identité des utilisateurs conservée. Certains sites communautaires de partage et d’échanges de données, tels que DailyMotion, YouTube ou Facebook, sont régulièrement bloqués en raison de la publication de contenus critiquant la politique du chef de l’Etat. Les messageries ne sont pas épargnées.
Les titres de la presse étrangère sont régulièrement censurés dès qu’ils publient des articles critiques à l’égard du pouvoir tunisien. Les journalistes étrangers, particulièrement les Français, sont étroitement surveillés lorsqu’ils couvrent des sujets politiques.
Le président Zine el-Abidine Ben Ali n’aime pas la critique. Les journalistes critiques, et leurs proches, le paient cher : coupures des lignes de téléphone, de fax et d’Internet, confiscation de passeport, interdiction de sortie du territoire, surveillance policière, intimidations, agressions, et récemment emprisonnement. Etre journaliste indépendant en Tunisie relève toujours du calvaire, comme l’a montré la récente répression post-électorale.
« La loi sera appliquée contre quiconque émettra des accusations ou des doutes concernant l’intégrité de l’opération électorale, sans fournir de preuves concrètes », avait déclaré Zine el-Abidine Ben Ali, à la veille de l’élection présidentielle, le 24 octobre 2009, avertissant publiquement ses détracteurs. Une fois réélu avec 89,62% des voix, les hommes de main du régime n’ont pas tardé à mettre ces menaces à exécution. Depuis l’annonce des résultats, au moins dix journalistes indépendants ont été victimes de représailles sans précédent depuis l’accession au pouvoir de Zine el-Abidine Ben Ali.
Des affaires montées de toutes pièces menacent les journalistes. Le journaliste Taoufik Ben Brik a ainsi été arrêté et écroué le 29 octobre pour “atteinte aux bonnes mœurs“, “diffamation“, “agression“ et “détérioration des biens d’autrui“ pour avoir prétendument agressé une automobiliste. Le 26 novembre, il a été condamné à 6 mois de prison ferme. Les autorités lui font ainsi payer le prix de son engagement et de sa liberté de ton. Avec ce verdict, la Tunisie entre à nouveau dans le club peu fréquentable des pays qui emprisonnent les journalistes pour un délit d’opinion.
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