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Si le nombre d’assassinats de journalistes a diminué sous sa présidence, Alvaro Uribe n’hésite pas à fustiger certains professionnels des médias, forcés à l’exil sous la menace des paramilitaires. En province, la presse demeure exposée aux représailles de ces derniers, des cartels et des foyers résiduels de guérilla.
Le nombre d’assassinats de journalistes, traditionnellement élevé dans un pays en guerre depuis près d’un demi-siècle, a effectivement diminué depuis l’accession à la présidence d’Alvaro Uribe en 2002. Elu et réélu sur un programme sécuritaire, décidé à en finir avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) qu’il a fortement contribué à affaiblir, le locataire de la Casa de Nariño (palais de la présidence) tolère mal la critique et le fait savoir à la presse. N’hésitant pas à fustiger, parfois publiquement, comme « complices du terrorisme » ou « à la solde des FARC » des journalistes qui n’ont pas ses faveurs, le chef de l’État ne craint visiblement pas de mettre leur vie en danger. A chaque colère présidentielle dirigée contre eux, des professionnels des médias réputés comme Hollman Morris, l’un des meilleurs spécialiste du conflit armé, Daniel Coronell, directeur de l’information de la chaîne publique Canal Uno ou encore Carlos Lozano, directeur de l’hebdomadaire communiste Voz, ont reçu des menaces de mort de groupes paramilitaires. D’après l’enquête de la police, un groupe paramilitaire serait impliqué dans l’assassinat de José Everardo Aguilar, chroniqueur des stations privées régionales Radio Super et Bolívar Estéreo dans le département du Cauca, tué le 24 avril 2009. Le journaliste était connu pour ses dénonciations à l’antenne des affaires de corruption impliquant l’administration départementale.Officiellement démobilisés entre 2003 et 2006, les 30 000 membres des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), auteurs d’innombrables violations des droits de l’homme, n’ont pas tous rendu les armes. On estime même que 5 000 à 8 000 d’entre eux ont reconstitué une vingtaine de groupes présents dans douze départements. Les plus connus, les « Aigles noirs », ont à plusieurs reprises mené des campagnes d’intimidation contre la presse, surtout locale, obligeant des journalistes à fuir leur région, voire le pays. Ces nouveaux groupes armés, bénéficiaires de certains appuis politiques au sein de l’armée et dans la police, considèrent également la chaîne latino-américaine Telesur, lancée en 2005 par le président vénézuélien Hugo Chávez, et ses représentants colombiens comme des « objectifs militaires ». D’autre part, les FARC constituent encore un danger pour certains journalistes. Le 8 octobre 2009, Herbin Hoyos Medina, présentateur du très populaire programme "Las Voces del Secuestro" pour la station Caracol Radio, qui donne la parole aux familles des otages de la guérilla, a échappé de justesse à un attentat attribué à la guérilla. Il a dû quitter son pays sous la menace et a trouvé refuge en Espagne.Des scandales d’écoutes téléphoniques illégales de personnalités, d’opposition pour la plupart, ont fait craindre une perte de contrôle partielle de l’exécutif sur les services de renseignements. Là encore, les journalistes au ton critique les plus connus figuraient sur la liste des espionnés. En province, la presse locale demeure exposée aux représailles des narcotrafiquants et des foyers résiduels de guérilla.
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