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Tout en développant un véritable service public audiovisuel, le président Rafael Correa entretient des rapports conflictuels avec une presse privée qui ne le ménage guère. Les délits de presse restent passibles de prison comme deux journalistes, condamnés pour « injure », en ont fait l’expérience.
Les attaques directes contre la presse restent exceptionnelles par comparaison avec les pays voisins, malgré une légère recrudescence de cas de menaces ou de manifestations d’hostilité envers des journalistes au début de l’année 2009. L’Équateur occupe globalement un rang enviable sur le continent. Voulue par le président Rafael Correa, adoptée par référendum le 28 septembre 2008, la nouvelle Constitution réaffirme le droit à la communication, à la liberté d’expression et à une information pluraliste, et c’est à ce titre qu’elle interdit la création de tout « oligopole ou de monopole, direct ou indirect, dans la propriété des médias et l’usage des fréquences » (art. 17-3). Moins d’un an après son investiture, le chef de l’Etat a lui-même pris l’initiative du lancement d’une chaîne de télévision publique nationale, inexistante auparavant. Le service public a, depuis, été complété d’une station de radio et d’un quotidien, avec le rachat d’El Telégrafo. L’État administre également trois autres chaînes TC Televisión, Gamavisión et CN3, les deux premières reprises à des entrepreneurs poursuivis pour « malversations ». Malgré l’indépendance normalement garantie à ces médias, le vice-président en charge de l’information, José Toledo, a argué de pressions de la majorité au pouvoir pour démissionner, en mars 2009. Quelques jours plus tard, un message gouvernemental diffusé sur plusieurs chaînes et fustigeant personnellement certains journalistes du secteur privé a suscité de vives protestations. Répondant à des attaques, parfois très virulentes, à son encontre, le président Rafael Correa ne fait pas dans la nuance. Témoin, cette conférence de presse du 30 juin 2007 au cours de laquelle il a publiquement traité de « boudin » (« gordita horrosa ») une journaliste du quotidien El Universo, Sandra Ochoa. Ou encore l’ouverture d’une procédure pour « outrage », finalement sans suite, contre Francisco Vivanco, éditorialiste du quotidien La Hora, qui l’avait taxé de « vandale » dans un article. Les délits de « diffamation », d’« injure » et de « calomnie » demeurent passibles de prison. Bien que relaxés en première instance, deux journalistes ont été condamnés et emprisonnés à la fin de l’année 2008 pour « injure ». Milton Chacaguasay Flores, propriétaire et directeur de l’hebdomadaire La Verdad, a écopé d’une peine de dix mois et Freddy Aponte Aponte, de la radio locale privée Luz y Vida, d’une peine de six mois. Ce dernier a finalement été libéré pour « bonne conduite » après trois mois d’incarcération, en janvier 2009. En conflit ouvert avec le gouvernement, Teleamazonas a échappé de peu à une perte de fréquence dans le courant de l’année 2009. Condamnée une première fois en avril pour une diffusion d’images taurines en dehors des horaires autorisés, la chaîne privée, propriété du banquier Fidel Egas, a fait l’objet un mois plus tard d’une autre procédure pour avoir dénoncé, à l’issue des élections générales du 26 avril, l’existence d’un centre de dépouillement clandestin et de possibles “fraudes électorales”. Enfin, au mois de juin, une troisième procédure du même type a été ouverte contre Teleamazonas après un reportage relatif aux conséquences environnementales d’un projet dans le golfe de Guayaquil conduit par la compagnie pétrolière vénézuélienne PDVSA. Trois condamnations définitives pourraient coûter à la chaîne une suspension de quatre vingt-dix jours. Déposé le 21 novembre 2009 à l’Assemblée nationale, le projet de loi de Communication impulsé par la présidence suscite, lui aussi, la controverse. Les principaux points polémiques portent sur la création d’un nouveau statut pour les journalistes, la définition des informations de nature à “porter atteinte à la sécurité nationale et à l’ordre public” et passibles de lourdes sanctions. Enfin la composition et les attributions d’un nouveau Conseil de communication habilité à attribuer et à révoquer les fréquences fait débat. L’adoption de la nouvelle loi est attendue en janvier 2010.
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