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Mexique

137 sur 175 dans le dernier classement mondial
  • Superficie : 1 958 200 km2
  • Population : 110 000 000
  • Langue : espagnol
  • Chef de l’État : Felipe Calderón (depuis décembre 2006)

Le Mexique devance désormais la Colombie au rang des pays où la sécurité des médias est la plus menacée sur le continent. Aucun des assassinats ou disparitions de journalistes survenus depuis 2000 n’a été réellement élucidé. La présence des cartels n’est pas seule en cause dans cette situation.

Le Mexique devance désormais la Colombie au rang des pays où la sécurité des médias est la plus menacée sur le continent. La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) dénombre 46 journalistes tués depuis 2000 et huit autres disparus depuis 2003, en raison de leur activité et le plus souvent pour un mobile inconnu. La présence des cartels de la drogue explique pour beaucoup ce sombre bilan. L’entrée dans le XXIe siècle a, en effet, coïncidé avec une nouvelle phase d’expansion du narcotrafic. A l’époque, le pouvoir fédéral, à la demande des Etats-Unis, a dû accroître son contrôle de l’espace aérien par lequel la drogue était acheminée vers la frontière nord. Obligés d’opérer par voie maritime et terrestre, les « narcos » ont essaimé sur tout le territoire, se disputant le contrôle des points de passage, infiltrant les rouages des administrations locales et exposant les journalistes un peu trop curieux à davantage de représailles. La situation s’est encore aggravée depuis l’accession au pouvoir de Felipe Calderón en 2006, date de lancement d’une vaste offensive contre le narcotrafic qui a fait plus de 5 000 morts en 2008, dont plus du quart rien que dans la ville frontière de Ciudad Juárez. Au plus fort d’une vague de règlements de comptes entre le cartel de Juárez et celui de Sinaloa, conjuguée à une violente riposte militaire, Armando Rodríguez Carreón, du quotidien El Diario, plusieurs fois averti d’un contrat sur sa tête, a été abattu le 13 novembre 2008. Issu du même journal, dans le collimateur d’un groupe de militaires, son collègue Emilio Gutiérrez Soto a préféré fuir aux Etats-Unis quelques mois plus tôt. Il y a été détenu pendant sept mois par les services d’immigration. Le choix de l’exil devient de plus en plus inéluctable pour des journalistes condamnés à exercer sous la menace et pas seulement celle des cartels. La corruption des élus, parfois de mèche avec les narcotrafiquants, ou les violations des droits de l’homme attribuées à la police ou à l’armée, sont d’autres sujets à très haut risque pour les médias mexicains, en particulier locaux. Cette situation permet aussi de mieux comprendre le peu d’empressement de l’exécutif ou de la justice à faire toute la lumière sur les assassinats de journalistes. Aucun des 46 assassinats survenus depuis 2000 n’a été réellement élucidé, tant les irrégularités ont affecté la plupart des enquêtes. Le parquet fédéral spécial, institué quelques mois avant l’élection de Felipe Calderón, affiche un bilan plutôt maigre. Entre l’époque de sa fondation et novembre 2008, cette Fiscalia Especial para la Atención de Delitos Cometidos contra Periodistas (FEADP) sous tutelle du ministère de la Justice (Procuraduría General de la República) a été saisie de 274 affaires. Elle n’en a traité que 88 et n’a donné suite que pour trois d’entre elles. Pire, elle a souvent tendance à classer sans suite des cas parmi les plus graves, notamment ceux mettant en cause des gouverneurs et leur entourage, en excluant d’office tout lien entre le décès ou l’agression d’une victime et ses activités de journaliste. Cette attitude s’est en particulier vérifiée pour des affaires survenues à Oaxaca (Sud). Au plan juridique, deux processus importants ont tout de même marqué le début de présidence de Felipe Calderón : la dépénalisation des délits de presse au niveau fédéral, promulguée le 12 avril 2007, et la fédéralisation des crimes et délits commis contre les journalistes. Ce texte, adopté à l’unanimité par la Chambre des députés le 2 avril 2009, attend son approbation par le Sénat.

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