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Après des années de « guerre médiatique », Hugo Chávez et son gouvernement ont pris le contrôle de la presque totalité de l’espace audiovisuel. A trois jours d’intervalle, en janvier 2009, un journaliste a survécu à un attentat et un autre a été assassiné.
Le paysage audiovisuel a été bouleversé par des années de « guerre médiatique », après le coup d’État du 11 avril 2002 qui a brièvement écarté Hugo Chávez du pouvoir. Parmi les quatre chaînes qui ont alors soutenu le putsch, la plus ancienne et la plus regardée, Radio Caracas Televisión (RCTV) a dû céder sa fréquence hertzienne à la chaîne culturelle publique Televisora venezolana social (Teves), le 27 mai 2007. Elle a pu reprendre la diffusion de ses programmes sur le câble. Televen et Venevisión ont sauvé leur fréquence en modifiant leur ligne éditoriale. Seule Globovisión maintient un ton critique vis-à-vis du gouvernement. Dans le collimateur du camp chaviste, la petite chaîne d’information, dont la diffusion se limite à Caracas et à sa périphérie, a fait l’objet, à la demande d’Hugo Chávez lui-même, d’une procédure pour « infraction à la loi électorale » au lendemain du scrutin régional du 23 novembre 2008. Depuis qu’elle a révélé, le 26 mars 2009, le salaire d’un député du Parti communiste vénézuélien, allié du gouvernement, une journaliste de la chaîne, Beatriz Adrián, est à la merci d’une procédure pour avoir piraté le système informatique du Parlement. Dans l’intervalle, le siège de la rédaction a subi plusieurs attaques de militants chavistes radicaux, que le président Hugo Chávez a fini par condamner. Globovisión est la seule brèche d’un réseau hertzien presque totalement sous contrôle de l’État. A ce titre, elle est soumise au régime des « cadenas ». L’article 10 de la Loi de responsabilité sociale en radio et télévision (loi Resorte), adoptée en novembre 2004, permet en théorie au gouvernement, en pratique au chef de l’État, de réquisitionner, pour ses discours en direct, tous les médias hertziens au même moment et sans limitation de durée. Publics ou privés, ces médias sont alors obligés, sous peine d’amende, voire de “suspension administrative”, de se connecter à la fréquence de la principale chaîne d’État, Venezolana de Televisión (VTV). C’est sur cette même chaîne que le Président anime, hors « cadenas », sa propre émission dominicale, « Aló Presidente ». Parfois dédiées aux commémorations, plus souvent à la propagande et presque toujours à l’invective contre les ennemis de la Révolution bolivarienne, les « cadenas » ont été utilisées à 1 816 reprises par Hugo Chávez entre le 2 février 1999, date de sa première investiture, et le 19 décembre 2008, pour une durée totale de 1 179 heures, soit l’équivalent de 49 jours pleins. La campagne pour le référendum, largement remporté par Hugo Chávez le 15 février 2009, sur la réélection illimitée, a encore accentué la polarisation médiatique. Dans un contexte d’insécurité élevée, le début de l’année a également été marqué par une recrudescence des attaques envers les journalistes, quelle que soit leur tendance. A trois jours d’intervalle en janvier 2009, Rafael Finol, du quotidien progouvernemental El Regional, a survécu à un attentat quand un autre, commis de manière identique, a coûté la vie à Orel Sambrano, opposant, et directeur de l’hebdomadaire politique ABC, vice-président de la station privée Radio América 890 AM, éditorialiste du quotidien régional Notitarde. La victime dénonçait les activités mafieuses d’un clan familial de l’État de Carabobo (Centre). L’enquête sur cette affaire a mené à l’arrestation d’un suspect, ancien policier de son état. L’accaparement frénétique de l’espace audiovisuel par le pouvoir a encore pris de l’ampleur en 2009. La chaîne privée d’informations Globovisión a fait l’objet de six procédures administratives, certaines assorties de mises à l’amende, qui pourraient compromettre sa survie à l’antenne avant même l’expiration de sa concession de fréquence en 2013. Plus grave, 34 stations de radios et chaînes de télévision locales se sont vu retirer subitement leurs fréquences, le 1er août, officiellement pour des “raisons administratives et techniques”, en fait sur ordre direct du palais de Miraflores. Vingt-neuf autres sont désormais menacées de subir le même sort. Ce coup de force sur les ondes a coïncidé avec la violente agression, le 13 août, de douze journalistes du groupe de presse écrite Cadena Capriles – tenant d’une ligne éditoriale plutôt modérée – par des militants progouvernementaux. L’un de ces derniers a été arrêté, de même que la militante chaviste Lina Ron, meneuse d’assauts répétés contre le siège de Globovisión. Ces efforts dans la lutte contre les violences à l’égard de la presse n’empêchent en rien le harcèlement pénal contre certaines voix de l’opposition. Le Venezuela compte désormais un journaliste emprisonné en la personne de Gustavo Azócar, depuis le 29 juillet 2009. Ancien présentateur de la chaîne privée Televisora del Táchira et de la station Radio Notícias 1060, il a été poursuivi pour “corruption” et “escroquerie” pour n’avoir pas retransmis des annonces publicitaires officielles dans le cadre de son programme de radio, en 2000. Déjà détenu en 2006, Gustavo Azócar a été réincarcéré, officiellement pour avoir dérogé à l’interdiction qui lui était faite de parler de l’affaire. Ce qu’il a toujours nié.
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