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Burkina Faso

57 sur 175 dans le dernier classement mondial
  • Superficie : 274 200 km2
  • Population : 15 264 735
  • Langue : français
  • Chef de l’Etat : Blaise Compaoré, depuis 1987

La presse écrite est relativement libre, et la critique tolérée, au "pays des hommes intègres". Mais le climat reste empoisonné par l’affaire la plus emblématique du continent pour la liberté de la presse : l’assassinat, en 1998, du journaliste Norbert Zongo.

En décembre 2008, des milliers de personnes étaient réunies à Ouagadougou pour une manifestation, un concert de soutien et un débat sur la liberté de la presse dans le grand amphithéâtre de l’université. L’objectif ? Honorer la mémoire de Norbert Zongo, dix ans après son assassinat, et protester contre la lenteur de l’enquête et l’impunité dont jouissent ses assassins présumés, ainsi que les commanditaires du crime.

Le 13 décembre 1998, le directeur de l’hebdomadaire L’Indépendant et journaliste le plus populaire du pays a été retrouvé mort, carbonisé dans son véhicule, en compagnie de trois de ses compagnons, sur une route de province. Moins de six mois plus tard, une commission d’enquête indépendante (CEI), chargée de déterminer les causes de la mort du journaliste, a remis son rapport au Premier ministre. Mise en place à l’initiative des autorités, elle a conclu, après avoir auditionné plus de deux cents personnes, que "concernant les mobiles de ce quadruple meurtre (...), il faut les chercher du côté des enquêtes menées depuis des années par le journaliste, et notamment sur ses récentes investigations concernant la mort de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré, conseiller à la présidence" et frère du chef de l’Etat. Le rapport donnait également les noms de six "sérieux suspects" dans cette affaire, tous membres du Régiment de la sécurité présidentielle. Seul l’un d’entre eux, Marcel Kafando, a été inculpé en 2001 "d’incendie volontaire" et "assassinat". Egalement condamné en 2000 pour avoir "séquestré et torturé à mort" David Ouédraogo, le sergent Kafando a pourtant continué de mener une vie tranquille, à son domicile de la capitale, percevant toujours sa solde de militaire. Pire, en 2006, à la stupeur générale, la justice du Burkina a prononcé un non-lieu en sa faveur. Dénoncé par l’ensemble des organisations locales et internationales de défense des droits de l’homme et de la liberté de la presse, ce non-lieu permet à la justice de déposer le dossier au greffe pendant dix ans, au terme desquels il serait définitivement clos. Ainsi, le président Blaise Compaoré a beau déclarer aujourd’hui que l’enquête reste "ouverte", il peine à convaincre. "Norbert Zongo : dossier classé ?" est devenu le slogan de ceux qui se mobilisent pour la cause du journaliste et n’ont pas fini d’honorer sa mémoire.

Au Burkina Faso, même si la critique est admise et que des enquêtes dérangeantes sont largement publiées, mettre en cause le chef de l’Etat, sa famille ou ses plus proches alliés reste un exercice à risques. Ainsi, le directeur de publication et le rédacteur en chef du bimensuel privé L’Evénement ont tous deux été condamnés, en janvier 2007, à deux mois de prison avec sursis, pour "diffamation" envers François Compaoré. Plusieurs journalistes reçoivent également des menaces de mort par courrier électronique. L’un d’entre eux, Karim Sama, dit Sam’s K le Jah, artiste et animateur à la radio Ouaga FM, a vu sa voiture brûler dans un incendie criminel, après avoir été victime d’une campagne d’intimidation. Son émission hebdomadaire "Roots Rock Reggae", dont le succès dépasse les frontières du Burkina Faso, est souvent l’occasion pour lui de critiquer le président Blaise Compaoré.

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