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Derrière l’image d’un pays démocratique faisant figure de modèle en Afrique de l’Ouest, se profile un bilan nuancé. Les journalistes sont régulièrement menacés et leurs médias suspendus ou vandalisés. Malgré les appels répétés des professionnels des médias et de la communauté internationale, la dépénalisation des délits de presse n’est pas encore à l’ordre du jour.
Face au tollé provoqué, en 2004, par l’incarcération du journaliste Madiambal Diagne, le président Abdoulaye Wade avait promis de réformer la loi sur la presse. Les journalistes sénégalais attendent encore. Et la situation ne s’est pas améliorée depuis, au contraire. Tout se passe comme si l’histoire se répétait. En septembre 2008, la justice sénégalaise a condamné le directeur de publication du quotidien 24 Heures Chrono à trois ans de prison ferme. Accusé de "diffusion de fausses nouvelles", pour avoir publié un article dans lequel il affirmait que le président de la République et son fils Karim étaient "mouillés" dans une affaire de blanchiment d’argent, El Malick Seck a finalement été gracié par le Président, après huit mois de détention.
Victimes fréquentes de menaces, les journalistes ne sont à l’abri ni d’interrogatoires ni de convocations au tribunal. Quant aux médias critiques et indépendants, ils s’efforcent de lutter contre la censure déguisée et le brouillage volontaire des ondes.
Enfin, un incident a considérablement choqué la profession et reste gravé dans les mémoires. Tôt le matin du 17 octobre 2005, les locaux de la radio Sud FM à Dakar ont été fermés de force par un commando de la police, qui a également procédé à l’arrestation de toutes les personnes se trouvant dans les bureaux et les studios. A Ziguinchor (Sud-Ouest) et à Saint-Louis (Nord-Ouest), les correspondants de la radio ont été simultanément interpellés. Tous les relais du pays ont été coupés. Sud FM était sanctionnée pour avoir réalisé et diffusé l’interview d’un chef rebelle dont le groupe sévit en Casamance, région séparatiste déstabilisée par des mouvements de guérilla.
Depuis lors, le climat s’est lentement détérioré entre les médias et le gouvernement. La presse indépendante, qui avait porté aux nues « l’alternance » lors de l’arrivée au pouvoir du président Wade en 2000, est devenue plus méfiante à son égard, pour ne pas dire plus critique.
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