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L’armée, au pouvoir depuis 1962, utilise la répression et la propagande pour museler le mouvement démocratique et la société civile, dont les journalistes sont souvent le fer de lance. La Birmanie est un paradis des censeurs, l’un des rares pays où la censure préalable touche toutes les publications. Le pays représente la plus grande prison pour les journalistes et blogueurs en Asie, après la Chine.
La promesse des autorités d’organiser en 2010 des élections nationales - les premières depuis celles remportées en 1990 par le parti d’Aung San Suu Kyi -, ne s’est pas accompagnée d’un arrêt de la répression à l’encontre des voix dissidentes et des médias privés.
Le généralissime Than Shwe dirige les agents de la police spéciale en charge de la répression. Ceux-ci traquent tout particulièrement les détenteurs de caméras vidéo, accusés d’avoir envoyé à l’étranger les images de la répression des manifestations de moines en 2007, ainsi que celles témoignant de l’incurie gouvernementale pendant le cyclone Nargis en 2008. Révélé au grand public par le film "Burma VJ", le travail des reporters clandestins de la Democratic Voice of Burma et des autres médias birmans en exil, reste extrêmement périlleux. Le régime n’a toujours pas précisé comment ces médias et la presse étrangère pourront couvrir les prochaines élections. Les médias en exil jouent un rôle crucial pour informer la population car les deux chaînes de télévision, les radios et les quotidiens sont directement contrôlés par la junte militaire. Tandis que la presse privée subit la censure militaire. En moyenne, un magazine privé se voit amputé du tiers de son contenu. Dans un document adressé en 2008 par le Bureau de la censure militaire aux médias birmans, il est rappelé que "la publication de toute photo, dessin, peinture, article, roman, ou poème sans avoir été présentée [au préalable à la censure], sera punie". En cas de violation, les sanctions vont de la saisie aux peines de prison pour les directeurs de publication fautifs.
Lors du procès d’Aung San Suu Kyi en 2009, les médias d’Etat ont relayé les accusations portées par les autorités à l’encontre de la dirigeante de l’opposition, sans donner la parole à ses défenseurs. Dans son édition du 27 mai, le quotidien New Light of Myanmar a ainsi retranscrit l’interrogatoire d’Aung San Suu Kyi par le magistrat. En revanche, les examens croisés menés par les avocats de la défense n’ont été que brièvement résumés dans la presse officielle. Et la presse n’a pas été autorisée à assister à toutes les audiences.
Et la censure préalable peut être très tatillonne. Ainsi, la presse birmane n’a pas été autorisée à publier des enquêtes sur l’écroulement de la pagode Danoke, près de Rangoon, qui a provoqué la mort de plusieurs personnes. "On ne peut pas publier d’articles ou de photos sur cet incident car c’est la femme du général Than Shwe qui a récemment installé l’ombrelle de la pagode, le 7 mai 2009", a expliqué à Reporters sans frontières un journaliste de Rangoon. L’épouse du numéro Un de la junte est connue pour être très superstitieuse.
Les prisons birmanes sont pleines de militants démocrates, avocats, artistes, étudiants, blogueurs et journalistes, condamnés à de lourdes peines. Entre septembre et novembre 2008, des cours martiales réunies au sein de la prison d’Insein ont distribué des centaines d’années de prison à l’issue de parodies de procès. Plusieurs avocats de journalistes sont eux-mêmes détenus pour avoir critiqué ces procédures. En 2009, les arrestations ont visé des blogueurs et des journalistes. Ainsi, Win Zaw Naing, auteur du blog shwenyarthar.co.cc a été détenu par la police en vertu de l’Electronic Act 33 (A) qui prévoit des peines pouvant aller jusqu’à quinze ans d’emprisonnement. En juin, Zaw Tun, journaliste free lance, a été condamné à deux ans de prison après avoir été interpellé près du domicile d’Aung San Suu Kyi par un policier qui lui avait reproché une prétendue "hostilité".
Si le plus célèbre des journalistes birmans, U Win Tin, est libre depuis 2008 après dix-neuf ans de détention, il est suivi en permanence par des policiers pour l’empêcher notamment de rencontrer les rares reporters étrangers qui peuvent se rendre dans le pays.
Pour briser physiquement et psychologiquement les journalistes et les blogueurs emprisonnés, la junte les envoie dans des centres de détention insalubres et éloignés de la capitale. Le régime de Than Shwe a une attitude criminelle vis-à-vis des prisonniers politiques, refusant de leur accorder les soins qu’ils nécessitent. Plus grave, un jeune poète a été infecté du Sida dans une prison, après une transfusion forcée en 2006.
Les journalistes étrangers obtiennent rarement des autorisations de reportage et sont contraints de travailler avec des visas de touristes, avec tous les risques que cela comporte pour leurs fixeurs et ceux qui acceptent de témoigner, comme le blogueur Zarganar, arrêté après avoir témoigné à la BBC.
Birmanie - 29 janvier 2010
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