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De nombreux médias tentent de s’émanciper du contrôle du Département de la propagande et des autorités locales, mais le Parti communiste n’abandonne pas ce secteur "stratégique". Confronté à une blogosphère de plus en plus dynamique, le pouvoir préfère jouer la carte de la propagande. En revanche, au Tibet et au Xinjiang, la situation de la liberté d’expression est nettement plus critique.
La Chine est la plus grande prison du monde pour les journalistes, blogueurs et cyberdissidents. La majorité de la centaine de détenus ont été condamnés à de lourdes peines de prison pour "subversion" ou "diffusion de secrets d’Etat" et sont détenus dans des conditions difficiles. Les journalistes sont souvent soumis au travail forcé. Les autorités locales, très sensibles à la mauvaise publicité que peuvent attirer des reportages sur la corruption ou le népotisme, continuent à arrêter des journalistes. De son côté, la police politique concentre ses efforts sur les militants de la liberté d’expression. Après le dissident Hu Jia, c’est l’universitaire Liu Xiaobo qui a été condamné, en décembre 2009, à une longue peine de prison pour avoir écrit sur Internet et participé au lancement de la Charte 08, un texte signé par des milliers de démocrates. Plus de cent signataires ont été interpellés, menacés, convoqués par la police politique, aux quatre coins du pays.
Le Parti communiste mobilise des moyens financiers et humains colossaux pour maintenir le contrôle sur l’information. La majorité des programmes en chinois, tibétain et ouighour des radios internationales sont brouillés grâce à des centaines d’antennes installées dans tout le pays. Des milliers de sites Internet sont bloqués et des dizaines de milliers de cyberpoliciers et cybercenseurs scrutent en permanence la Toile pour l’épurer des contenus "immoraux et subversifs". Tandis que le gouvernement finance à fonds perdu des médias officiels pléthoriques, notamment l’agence Xinhua et le groupe audiovisuel CCTV, pour alimenter sa propagande.
Les Jeux olympiques de Pékin de 2008 ont été marqués par une politique de contrôle de l’information sans précédent. C’est bien une "censure criminelle" qui a notamment étouffé le scandale du lait contaminé à la mélamine pendant les épreuves olympiques. Sans nul doute, des vies d’enfants auraient pu être sauvées si la presse avait été autorisée à alerter le public sur cette affaire de santé publique. Qu’en sera-t-il lors de l’Exposition universelle de Shanghai qui débute en mai 2010 ?
Une fois les JO achevés, la presse libérale a pu reprendre son travail de dénonciation de certaines dérives du pouvoir et des entreprises. Ainsi, Les Nouvelles de Pékin ont enquêté sur des internements psychiatriques forcés de pétitionnaires. Mais il demeure dangereux de mettre en cause les puissants, notamment les acteurs économiques, comme la Banque agricole de Chine qui a obtenu, fin 2008, la suspension de la licence de l’hebdomadaire économique China Business Post. Tous les médias doivent en effet obtenir une licence auprès d’une institution étatique.
De son côté, la direction de l’hebdomadaire libéral Nanfang Zhoumo a une nouvelle fois été purgée après que son rédacteur en chef a réalisé une interview du président Barack Obama, qui a déplu aux autorités de Pékin. La star du journalisme d’investigation, Hu Shuli, a décidé de quitter le magazine Caijing, suite aux pressions du propriétaire qui souhaitait ménager les autorités. Elle a annoncé en fin d’année son intention de prendre la direction d’un nouveau titre.
A la veille du 20e anniversaire du mouvement démocratique de juin 1989, puis lors des célébrations en octobre du 60e anniversaire de la fondation de la République populaire, tous les médias se sont vus imposer le silence sur les prises de position des voix dissidentes. Plusieurs correspondants étrangers ont été interpellés ou molestés. De même, les journalistes ne peuvent que relayer la propagande hostile au mouvement spirituel Falungong, dont la chaîne de télévision NTDTV et les sites d’informations sont inaccessibles dans le pays.
Les autorités misent toujours sur la censure, mais investissent également dans la propagande, avec la volonté de moderniser les médias, mais toujours au profit de la ligne du Parti communiste. Ainsi, les autorités mobilisent des milliers de "petits propagandistes" payés pour repérer sur Internet les contenus subversifs. Et la Chine veut rivaliser avec les chaînes internationales en créant une "CNN à la chinoise", car selon le directeur du Département de la propagande, Liu Yunshan, "il est devenu urgent pour la Chine de faire en sorte que [ses] capacités de communication soient en phase avec [son] prestige à l’échelle internationale ". Cependant, la crédibilité de ces médias est rudement ébranlée lorsque le discours d’investiture de Barack Obama est censuré au moment où le Président évoque son "soutien aux dissidents".
Au Tibet et au Xinjiang, la répression s’abat en permanence sur ceux qui tentent de faire circuler des témoignages, notamment des images, attestant des violences commises par les forces de sécurité. Des dizaines de Tibétains et Ouigours sont détenus, certains condamnés à la prison à vie, pour avoir envoyé des informations à l’étranger ou tenter d’informer en dehors de la ligne du Parti. La presse locale relaie une propagande virulente, notamment Le Quotidien du Tibet qui n’hésite pas à affirmer que la Chine est engagée dans une "lutte de classes à la vie à la mort" contre la "clique du dalaï-lama et les forces occidentales hostiles".
Malgré des lois strictes et un système d’autocensure imposé aux entreprises du secteur, Internet est un espace plus libre que la presse. Les blogueurs, et plus généralement les internautes, relaient des informations bannies dans les médias. Ils contribuent à la formation de l’opinion publique. Souvent ridiculisés pour avoir passé sous silence des événements importants, notamment l’incendie du complexe de CCTV début 2009, les médias officiels sont alors contraints d’évoquer des sujets sensibles.
La presse étrangère est censée jouir d’une liberté de mouvement et d’interview - l’un des rares acquis de la période olympique -, mais dès que les correspondants internationaux s’intéressent à des sujets sensibles, notamment le Tibet, la dissidence ou l’épidémie de sida, ils sont victimes d’entraves, voire de violences. Le Club des correspondants de la presse étrangère en Chine (FCCC) a recensé, en 2008, 178 cas d’interférence avec les médias étrangers, dont 63 affaires pendant la période olympique. A la fin de l’année 2009, les autorités ont menacé plusieurs correspondants étrangers de ne pas renouveler leurs visas de presse. En parallèle, le quotidien nationaliste Global Times menait une campagne de presse contre les médias étrangers, notamment allemands et français, accusés d’’hostilité’ vis-à-vis de la Chine.
Pour limiter les reportages défavorables dans la presse étrangère, les autorités font pression sur les assistants chinois des correspondants, les obligeant à s’enregistrer auprès d’un organisme semi-officiel, ou intimident les sources d’information. Plusieurs Chinois sont emprisonnés pour avoir simplement répondu aux questions de médias étrangers.
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