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Avec des dizaines de télévisions et de radios privées, le pays vit une révolution de l’information comparable à celle qu’a connue l’Inde il y a une dizaine d’années. Les médias sont de plus en plus agressifs dans leur couverture des problèmes politiques et socio-économiques, malgré des dangers accrus. Dans de nombreuses régions, la presse est prise en étau entre les taliban qui multiplient les attentats, et les menaces et les forces de sécurité qui n’ont pas renoncé à leurs méthodes de harcèlement.
L’offensive des taliban et les conflits politiques qui secouent le pays continuent à avoir des répercussions dramatiques pour les journalistes. Le Pakistan est le pays qui détient le triste record du nombre de journalistes assassinés en 2009. Les attaques contre les médias et les clubs de presse se multiplient dans les zones tribales, mais également au Baloutchistan et parfois dans les grandes villes. En décembre 2009, un attentat suicide commis par les taliban a visé le Club de la presse de Peshawar, faisant quatre morts.
Si la Constitution de 1973 garantit la liberté de la presse, la loi contient toujours de nombreux articles qui permettent de condamner les journalistes à des peines de prison, notamment pour "diffamation", "immoralité", offense à l’islam ou à la souveraineté du pays. Il n’est pas rare que des reporters soient "interpellés" quelques jours par les services secrets qui leur reprochent leurs activités sur des sujets sensibles. Fin 2009, deux journalistes ont été détenus dans la province du Pendjab, pour avoir aidé les médias internationaux à obtenir plus d’informations sur l’un des auteurs pakistanais de l’attaque de Mumbai (Inde).
Le président Asif Ali Zardari, qui dirige un gouvernement fidèle au PPP, a mis fin à la censure systématique des médias mise en place par le général Pervez Musharraf. Mais, confrontées à des tensions politiques, les autorités ont gardé les mauvais réflexes du harcèlement. Ainsi, un bras de fer s’est engagé entre le chef de l’Etat et le groupe de presse Jang qui contrôle notamment la chaîne Geo. L’administration a mis en place un boycott de la publicité à l’encontre de Jang.
Les autorités d’Islamabad ont annulé plusieurs ordonnances liberticides héritées de Pervez Musharraf, mais elles n’ont pas, par exemple, donné son indépendance à l’autorité de régulation des médias audiovisuels.
Dans la vallée de Swat, les journalistes ont peu à peu repris leur travail d’information après la défaite des taliban en 2009. Beaucoup d’entre eux avaient été forcés à l’exil et au silence en 2008 et 2009 en raison des menaces des islamistes et de l’offensive militaire. A Mingora, capitale de ce district situé dans le nord-ouest du Pakistan, les rédactions et le club de la presse ont rouvert. Les habitants peuvent de nouveau regarder les chaînes du câble, tandis que les reporters se déplacent dans la vallée sans trop de risques.
En revanche, dans de nombreuses zones tribales, les rares journalistes sont toujours pris entre deux feux. Celui des taliban qui tentent de leur imposer par la force une couverture favorable de leur "djihad", tandis que l’armée et les autorités locales tolèrent mal les reportages sur les dérapages de la "guerre contre le terrorisme".
La presse internationale est tenue à l’écart de ces zones frontalières où sévissent djihadistes et mafias. Lors de l’offensive au Waziristan-Sud en septembre 2009, une dizaine de journalistes de médias étrangers ont été refoulés, même si ils ne cherchaient qu’à interviewer des réfugiés.
L’armée pakistanaise, notamment les services secrets (ISI et Military Intelligence), menace les journalistes qui enquêtent sur les abus de pouvoir et sur les disparitions. Au Baloutchistan, au Cachemire pakistanais et dans les zones tribales, il est très difficile d’enquêter en sécurité. Ainsi, le journaliste freelance Mohammad Rasheed a été arrêté en janvier 2010 par l’armée après avoir été relâché par des taliban qui l’avaient kidnappé dans une zone tribale.
Au Baloutchistan, la situation se dégrade. Les groupes islamistes et parfois les forces de sécurité visent les partisans de la cause baloutche, comme Jan Muhammad Dashti, rédacteur en chef du quotidien Asaap, publié à Quetta, qui a échappé en 2009 à une tentative d’assassinat. Son journal a été fermé manu militari par les forces de sécurité.
L’impunité est totale dans les affaires d’assassinat ou d’agression de journalistes. Aucune enquête sérieuse n’a été menée pour identifier les assassins du reporter Mosa Khankhel, l’un des correspondants de la chaîne Geo News dans la vallée de Swat. Depuis au moins quatre ans, aucun attaquant n’a été inquiété par la police. Dans l’affaire du photographe Hayatullah Khan, kidnappé et tué dans les zones tribales, les autorités refusent de publier les résultats d’une mission d’enquête réalisée par un juge.
Très mobilisée contre les violences, l’Union fédérale des journalistes du Pakistan (PFUJ) dénonce également le caractère déplorable des conditions salariales des professionnels des médias, ce qui affaiblit l’indépendance de la profession et aggrave le phénomène de la corruption dans la profession. Début 2010, une femme reporter a fait une tentative de suicide car elle n’était plus payée par son journal depuis des mois. Selon une enquête, 90 % des médias payent leurs employés avec un à deux mois de retard.
De plus en plus consultés, les sites d’informations prennent de l’influence. Mais le gouvernement dispose d’une loi sévère pour punir les "crimes" sur Internet, notamment la diffusion de contenus qui lui sont hostiles. Il bloque certains sites d’opposition, et en particulier ceux de la communauté baloutche.
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