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Soucieuse de concrétiser les premiers pas initiés en juin 2008 vers son adhésion à l’Union européenne, la Bosnie-Herzégovine a poursuivi ses réformes juridiques dans le secteur des médias. Les lois garantissant l’accès à l’information et la protection des sources sont désormais officialisées. La diffamation et la calomnie ont été dépénalisées. L’application de ces nouveaux principes rencontre peu d’enthousiasme auprès d’un système judiciaire qui apprécie peu les enquêtes de la presse sur les problèmes de corruption qui mine son fonctionnement. Ces réformes peinent également à trouver un écho auprès des médias qui militent plus pour la protection de l’influence des communautés auxquelles ils appartiennent.
Si l’accord de paix de Dayton signé en 1995 a mis fin à la guerre, il n’a pas pour autant fait disparaitre les clivages communautaires et nationalistes qui trouvent régulièrement leurs échos dans les médias. Peu de médias ont en effet une audience nationale. La majorité des titres se limitent souvent à une seule communauté, ou à une des deux entités fédérées.
Le maintien des différences ethniques et religieuses continue également d’impacter la viabilité et le développement économique des médias, qui ne peuvent compter que sur les ressources de leur seule communauté. La concurrence des médias serbes et croates s’est encore renforcée, privant les médias nationaux des ressources publicitaires. Sur un marché aussi réduit, la viabilité des 145 radios et 43 chaînes de télévision que compte le pays repose sur un financement lié tantôt aux groupes politiques, tantôt à des mouvements mafieux qui ont parfaitement compris l’influence qu’ils pouvaient tirer de leur manipulation.
Les problèmes de corruption et les activités mafieuses sont abordés avec beaucoup de prudence. Les enquêtes sur les communautés religieuses comportent également des risques. En février 2009, une équipe du magazine d’investigation 60 minutes de la chaîne de télévision Federal TV (FTV) a été violement prise à partie alors qu’elle enquêtait sur une affaire de pédophilie au sein d’une communauté musulmane. Bakir Hadziomerovic, rédacteur en chef de 60 minutes, a également reçu des menaces de mort à la suite de la publication du reportage.
En mars 2009, une autre équipe de 60 minutes a été attaquée par deux hommes alors qu’elle filmait une église orthodoxe serbe dans la ville de Trebinje. Les journalistes ont dû quitter la ville sous escorte policière. Slobodan Vaskovic, qui dirigeait l’équipe avait reçu des menaces téléphoniques avant de se rendre à Trebinje. Le contrôle par le pouvoir politique des agences de presse publiques Fena (Fédération de Bosnie), et Srna (République Srpska) reste toujours effectif. L’unique agence privée Onasa ne parvient pas encore à offrir une réelle alternative. Bien que les conditions soient désormais réunies, la privatisation des radios et télévisions locales n’a toujours pas démarré. Les pouvoirs politiques locaux ne sont toujours pas disposer à perdre les « outils de communication » qui leur permettent de maintenir leur influence, ou d’entretenir leur propagande nationaliste. Enfin, la précarité du statut social du journaliste, et l’absence de cadre légal pour l’exercice de la profession renforcent les enjeux d’autocensure. Les paiements souvent tardifs des rémunérations ouvrent également la porte à une corruption toujours très active au sein d’une partie de la profession.
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