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La situation de la liberté de la presse a continué de se détériorer en 2008 au sein de cet Etat qui a rejoint l’Union européenne en 2007. Les pressions sur la presse se sont diversifiées. Les mouvements mafieux qui gangrènent une partie de la classe politique et économique substituent désormais à la violence des « mutris », l’usage plus discret de la corruption et de la manipulation de l’information. L’année 2008 aura cependant vu le retour du meurtre ou des tentatives d’assassinat de journalistes lorsqu’ils franchissent certaines limites de plus en plus difficiles à définir.
Occupant la dernière place parmi les pays membres de l’Union européenne dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, la Bulgarie présente un bilan toujours contrasté. Si certains progrès significatifs ont été obtenus dans les législations garantissant l’accès à l’information et aux données publiques, l’application de ces lois reste tributaire d’une justice souffrant d’un grand niveau de corruption, et peu encline à soutenir ceux qui le dénoncent.
S’il n’y a pas de sujets tabous en Bulgarie, certaines questions ne se traitent qu’avec prudence. Ainsi la contrebande et les trafics de drogue sont rarement abordés en profondeur. L’assassinat en avril 2008, en plein centre-ville, du chroniqueur repenti Georgy Stoev, a en effet rappelé aux journalistes que l’investigation sur certaines activités mafieuses a ses limites. La diversification des activités liées à l’économie « grise » rend cependant de plus en plus difficile l’identification de ces limites, et des niveaux de risques qui y sont liés.
Les journalistes d’investigation font face à de nombreuses pressions. Les menaces, physiques ou morales, suivent régulièrement la parution d’un article. Journaliste au quotidien de référence Dnevnik, Hristo Hristov a subi trois cambriolages, et a dû quitter son appartement après que ses voisins furent menacés d’un attentat contre leur immeuble s’ils n’obligeaient pas le reporter à arrêter ses enquêtes.
Lassé par ce climat conflictuel et par le peu de sanctions qui frappent les responsables des scandales qu’ils dénoncent, certains de ses collègues cèdent de plus en plus à l’autocensure, ou à une corruption plus active.
Si l’Internet et la blogosphère jouissent d’une grande liberté, la mise en ligne en août 2008 sur le site www.opasnite.net de plusieurs documents classés secrets a suscité un profond malaise dans la classe politique et médiatique. En septembre 2008, alors qu’il avait réfuté sur son site d’informations Frognews.bg être le responsable du site Opasnite.net, Ognyan Stefanov, rédacteur en chef de Frognews.bg, a été agressé à coups de marteau et laissé pour mort à la sortie d’un restaurant. Son collègue, Alexandre Ivanov, rédacteur en chef adjoint de Frognews, a également reçu des menaces de mort et a vécu plusieurs semaines sous protection policière permanente.
L’année 2008 a également été marquée par le scandale des écoutes téléphoniques pratiquées à partir d’août 2008 par l’Agence de la sécurité nationale (DANS) pour identifier les auteurs du site Opasnite.net. L’affaire a cependant dépassé le seul cadre de cette enquête, faisant craindre à une partie de la profession une action plus large visant à identifier et à tarir certaines sources d’information.
Si les journalistes résistent encore aux pressions et à l’autocensure dans la capitale, ils doivent souvent capituler dans les régions. Les collusions entre les autorités locales et les mouvements mafieux constituent un environnement peu propice à des enquêtes fouillées. Les enjeux économiques liés au développement du tourisme et de l’urbanisme sur la Riviera bulgare constituent des sujets sensibles. En dénonçant les conséquences désastreuses de projets immobiliers dans des réserves écologiques, le journaliste Assen Yordanov s’est exposé à de multiples représailles, y compris une tentative d’assassinat fin décembre 2007.
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